Juno

Film américain de Jason Reitman

Avec Ellen Page, Michael Cera, Jason Bateman, Jennifer Garner


Grand Prix Festival de Rome 2007


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 06-02-2008

Durée: 1h31

 

P'tite mère porteuse

Après l’ambigu Thank you for smoking, Jason Reitman continue sa description critique (?) du mode de vie américain avec cette Juno âgée de 16 ans, enceinte d’un petit copain, et qui décide d’offrir le bébé à un couple qui ne peut pas avoir d’enfants. Le plus surprenant réside évidemment dans l’apparente décontraction avec laquelle tout le monde accueille l’annonce de cette grossesse non désirée qui, dans les temps préhistoriques, aurait donné un mélo noyé dans des torrents de larmes.

L’astuce de la scénariste Diablo Cody est donc d’avoir pris ce drame à contre-pied et tenté de traiter cette situation en comédie de moeurs, emmenée par la remarquable Ellen Page, jeune actrice découverte dans Hard Candy. Sans que le message soit lourdement féministe, on devine bien que le scénario a été écrit par une femme puisque les deux mâles concernés par le bébé (le père biologique adolescent et même le futur papa adoptif) sont présentés comme des mollusques immatures et velléitaires, ce qui paraît évident pour le petit copain mais plus contestable chez l’adulte. On sent aussi que Diablo Cody, à bout de ressources scénaristiques, a suscité une crise improbable dans le couple qui devrait hériter du bébé afin de faire rebondir l’intérêt jusqu’à la fin de cette interminable grossesse. Mais le plus scabreux reste l’indifférence de la jeune Juno pour cet enfant qu’elle porte et qu’elle compte délivrer comme un colis. Cette attitude est admissible au début de l’histoire par la grâce du talent d’Ellen Page : son insolence charmeuse et perverse fait passer l’inconscience d’une gamine qui ne réalise pas totalement la situation durant les premières semaines, tant le terme de la grossesse semble lointain. Mais lorsque vont se succéder les visites médicales, les échographies et les coups de pieds intra-utérins, le charme juvénile de la maman involontaire finira par s’évanouir devant une telle indifférence à l’égard de son enfant.

Mis en scène comme un cartoon, noyé sous des chansons qui se succèdent sans répit, Juno décrit la classique Amérique du calendrier des Postes, située en province avec ses alignements de résidences identiques pour middle class, devant lesquelles, en toutes saisons, passe la troupe de joggers de l’Université voisine. Cet emballage de fausse bonne humeur factice ne peut masquer un malaise certain devant la conclusion que propose le film. Comme pour Thank you for smoking, Jason Reitman brouille les cartes et il m'est finalement impossible de savoir quel jugement il porte vraiment sur l’histoire qu’il vient de nous raconter.