Le Voyage du ballon rouge

Film français de Hou Hsiao-Hsien

Avec Juliette Binoche, Simon Iteanu, Fang Song, Hyppolite Girardot





Par Elise Heymes
 
Sortie le 30-01-2008

Durée: 1h53

 

Inspiré par Le Ballon rouge d’Albert Lamorisse (1956) Hou Hsiao Hsien met à son tour en scène un enfant et sa mère saisis dans leur quotidien parisien. Il parvient à recréer, à l’aide d’une Juliette Binoche particulièrement inspirée, la vie d’un petit Parisien avec un réalisme et une précision qui forcent l’admiration.

Eclaté ou dispersé : tel est l’entourage de Simon qui a sept ans et vit à Paris avec une mère marionnettiste, pendant que son père, qui est écrivain, est en résidence à Montréal. Sa grande soeur Louise vit à Bruxelles. Très prise par son travail, Suzanne le confie à une jeune femme chinoise : Song. Celle-ci est étudiante en cinéma. Comme Simon et son ballon rouge - qui le suit à travers Paris, elle porte un regard neuf et attentif sur ce qu’elle voit.

Les trois personnages de Hou Hsiao Hsien sont emprisonnés dans les contingences, parfaitement symbolisées à l’écran par ce fameux appartement sur plusieurs étages, cause de discorde. Suzanne et Song se libèrent dans la création, Simon par l’imaginaire et le questionnement qui lui permet de sans cesse repousser les frontières de l’acquis, des habitudes ou du « c’est comme ça » des adultes. A travers la mère, l’enfant et la jeune baby-sitter, le cinéaste a façonné trois figures de l’obstination, qui avancent avec la force de la conviction, une certaine foi en l’existence. Obstinée, Suzanne l’est dans son engagement dans son travail d’artiste, ainsi que dans sa façon de défendre ses positions de femme et de mère. Simon l’est dans sa foi en son ballon rouge, tout comme Song l’est dans sa disponibilité et sa complicité avec l’enfant… ou l’enfance, à la manière de Hou Hsiao Hsien lui-même. Aller ainsi de l’avant leur permet de transformer les doutes et l’absurde de la vie quotidienne en harmonie.
Le pari de transcender le quotidien de l’enfance absorbé ou du moins régulé par le monde adulte (l’école, les transports en commun, l’appartement, les cours de piano, etc.) est d’autant réussi que le cinéaste parvient à maintenir une atmosphère poétique dans chacun de ses plans. La précision parfaite des plans – d’un Paris de Parisiens - est bouleversée par l’inattendu des mots, ce qui donne l’impression d’assister à l’alchimie du prosaïque et du poétique. Hou Hsio Hsien a travaillé les dialogues avec ses comédiens et non en amont, lors de l’écriture du scénario. Ce qui confère au film un réalisme rare. Le cinéaste tire parti avec brio de l’improvisation ou de la contribution de ses acteurs. Il créé une illusion d’instantané, donc de vérité immédiate.

Song apparaît comme le double ou la projection du cinéaste : comme Hou Hsiao Hsien, elle est sensible à l’indicible poésie de l’ordinaire. Il réinvente l’enfance au ballon rouge à Paris, elle réinvente l’enfance de Simon, par sa simple présence et par l’utilisation de sa caméra, filmant l’enfant dans l’ordre du désordre…

Juliette Binoche incarne le rôle de cette mère débordée par les joies de l’existence avec une puissante liberté ; c’est sans doute une de ses meilleures performances d’actrice, si ce n’est la meilleure.