L'Homme qui marche

Film français de Aurélia Georges

Avec César Sarachu, Mireille Perrier, Florence Loiret-Caille, Judith Henry, Françoise Meunier





Par Elise Heymes
 
Sortie le 09-01-2008

Durée: 1h22

 

Absurde absolu

Librement inspiré de la vie de l’écrivain Vladimir Slepian, L’Homme qui marche est le portrait d’un homme absolutiste, qui se laisse glisser du succès littéraire à la condition de clochard. Aurélia Georges, dont c’est le premier long métrage de fiction, réalise un film à l’image de son personnage : fragilité et poésie se mêlent à l’écran, comme pour mieux saisir que cet artiste tient de l’équilibriste…

Exilé russe à Paris, Viktor Atemian doit à son premier roman intitulé Fils de chien une vie sociale d’écrivain, entouré et surtout reconnu : il joue un rôle, occupe une place dans la société. S’il vit dans un grand appartement bourgeois, celui-ci est si vide qu’on y ressent l’atmosphère anti-matérialiste qui habite l’âme de cet homme sans attache. Car c’est un fil ténu qui relie Viktor Atemian au monde qui l’entoure et l’englobe dans un premier temps. Son refus des compromissions relatives à la société occidentale, qu’elles soient sociales, psychologiques ou artistiques, en fait un être à part.

Marginal, Viktor, l’est déjà dans sa relation à son éditeur ; il veut être payé en liquide, car il refuse d’être un numéro à la banque, un simple numéro tout court, où que ce soit. Viktor refuse sans doute les cadres et les normes dans ce Paris des années 1970 jusqu’à la fin des années 1990, pour mieux se maintenir en liberté. A quel prix ? C’est la question qui semble se poser en filigrane dans le parcours de cet homme qui n’a que sa plume pour s’affirmer : la liberté dans l’absolu, mais à quel prix ?

Jusqu’où aller, ou à jusqu’à quel point tenir, pour sauver la face dans un monde où l’on est toujours le chien de quelqu’un ? Ce à quoi Viktor se refuse. Il ne renie pas les amitiés qui le soutiennent. Mais il ne les accepte que dans la mesure où il peut aussi s’en passer. Et lorsqu’il est mis à la rue par le tenancier du petit hôtel qui le logeait depuis dix ans, il y reste et y mourra, tel un chien abandonné par son maître. Viktor se veut maître de lui-même. Passer outre les contraintes du vivre ensemble dans une société toujours plus libérale. Mourra-t-il libre, au prix de sa vie, lui qui peste toujours contre le prix des choses, ces fameux prix à payer ?

Aurélia Georges fait de son personnage une figure poétique de l’absurde, figure en déséquilibre dans un monde auquel il ne s’habitue pas. Qui plongera dans le vide, faute de se contredire. Un artiste absolu, en somme…
Elle a travaillé, avec une délicatesse rare, sa gestuelle, sa place et ses mouvements dans les plans, la démarche de cet homme qui marche tant comme pour s’inscrire dans la réalité qu’il s’invente et se choisit. Et signe là un premier film plus qu’original.