Le Tueur

Film français de Cédric Anger

Avec Gilbert Melki, Grégoire Colin, Mélanie Laurent





Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 09-01-2008

Durée: 1h30

 

Tel est pris qui croyait prendre

Ancien critique de cinéma et scénariste de Xavier Beauvois, Cédric Anger signe avec Le Tueur un premier film singulier, à mi-chemin entre drame intimiste et film noir dont il malmène les codes.

Tel est pris qui croyait prendre… Ce pourrait être le second sous-titre du Tueur, à côté du programmatique « Quelque part, il l’attend » qui annonce une traque sans merci, comme pour tout bon film noir qui se respecte. Mais Cédric Anger a plus d’un tour dans son sac et ce sont tous les protagonistes du film qui finissent par être pris à leur propre piège : le tueur, le commanditaire, le spectateur lui-même. Court-circuitant le thriller psychologique, le réalisateur transforme bientôt son film en drame de l’intime, qui se nourrit des temps morts nés d'une action que son démiurge s’amuse à retarder.

En fait, tout le film se résume à un mot, un état : l’attente. L’attente insoutenable ou ennuyeuse, dont l’errance devient le seul mode de transport. L’errance à l’horizontale – c’est Kopas, le tueur (impassible Grégoire Colin), qui glisse dans les rues des 12e et 13e arrondissements de Paris ; l’errance à la verticale – celle de Léo Zimmerman, l’homme d’affaires (expressif Gilbert Melki), qui arpente les tours et les sous-sols en quête de maîtrise ; l’errance immobile aussi, dans une chambre d’hôtel, face à une télévision ou un tex-mex insipide, ou dans une cave sordide du quartier chinois. L’attente, c’est aussi celle imposée au spectateur, qui ne sait jamais vraiment où on va le mener : la mise en abyme cinématographique ne quitte en somme jamais son support…

Et pourtant, à plusieurs reprises, le film dérange. On ne sait si la dissonance vient d’une alchimie défaillante des comédiens (qui, pris à part, sont tous très bons), du caractère artificiel de certaines références cinématographiques (dont le film regorge), d’une musique parfois un peu trop présente, ou de la mise en scène parfois maladroite de clichés dont on voudrait se moquer. Mais ne viendrait-elle pas, au fond, de l’équilibre précaire des situations improbables, prises dans un entre-deux qui est celui des genres, mais aussi des espaces et des temps propres à chaque personnage ? Si c’est le parti pris de Cédric Anger, alors le pari est réussi…