Détention Secrète
RENDITION

Film américain de Gavin Hood

Avec Jake Gyllenhaal, Reese Witherspoon, Alan Arkin, Peter Sarsgaard, Omar Metwally, Igal Naor, Meryl Streep





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 09-01-2008

Durée: 2h02

 

Mauvaise conscience

Cinq ans après l’écroulement des Twin Towers, les films remettant en cause les choix politiques et la stratégie générale du gouvernement américain commencent à apparaître, attitude d’autant plus courageuse que la guerre en Irak est loin d’être terminée. Après le remarquable Dans la vallée d’Elah, voici Détention secrète qui dénonce les internements arbitraires et clandestins – si loin de l‘idéal américain officiel - auxquels sont soumis les citoyens plus ou moins suspects d’aider le « terrorisme ». Comme la torture est interdite en principe aux Etats-Unis, l’Administration séquestre et « interroge » les coupables potentiels dans des pays alliés situés dans le reste du monde : cet enlèvement nommé Rendition donne son titre original au film.

Soupçonné à tort d’être lié à un réseau terroriste, un ingénieur chimiste américain d’origine égyptienne est ainsi kidnappé par la CIA à son retour aux Etats-Unis sans que sa famille ou ses proches soient informés de son arrestation et de son sort. Le film décrit le calvaire que subit cet innocent incarcéré dans une prison d’Afrique du Nord jusqu’à ce qu’un des agents de la CIA, écoeuré par les traitements infligés au suspect, tente de le faire échapper à ses tortionnaires. On voit que ce scénario courageux ne ménage pas les méthodes utilisées par les Services Secrets U.S. et remet en cause la bonne conscience des démocraties qui font faire les basses besognes à des pays qui pratiqueraient la torture sans états d’âme.

Malheureusement, cette situation de cauchemar ne devait pas sembler suffisante aux producteurs qui ont cru devoir alourdir le scénario de détails qui font virer le film vers le feuilleton. Pour bien charger la barque, la femme de l’ingénieur enlevé est proche de son accouchement, la directrice du contre-espionnage de la CIA est tellement diabolique qu’elle doit sûrement s’habiller en Prada, la propre fille du chef des tortionnaires arabes est évidemment amoureuse du futur kamikaze, etc. Le film est tourné au Maroc mais l’action se situe, bien entendu, dans un pays non précisé alors que Washington est parfaitement localisé. Quant aux péripéties de la libération finale du prisonnier, elles sont plus qu’improbables… Tous ces éléments décrédibilisent le martyre de cet innocent et sont, de plus, noyés dans l’habituelle musique d’aquarium orientaliste qui transforme finalement le film en un épisode supplémentaire d’Indiana Jones. Un tel sujet méritait vraiment mieux.