It's a Free World !

Film anglais de Ken Loach
Ecrit par Paul Laverty

Avec Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek


Prix du Meilleur Scénario, Venise 2007


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 02-01-2008

Durée: 1h33

 

Travaux forcés temporaires

Sous ce titre ironique, le couple Laverty / Loach revient en grande forme avec It’s a Free World, description dramatique de la condition des immigrés (principalement Européens de l’Est) qui tentent de gagner leur vie en débarquant à Londres par le canal d’agences spécialisées qui les ont recrutés dans leurs pays. Nous retrouvons intact le talent de ce cinéma qui nous fait oublier que nous sommes au cinéma.

Comme toujours dans les films réussis de Ken Loach, il n’y a ni manichéisme, ni leçons de morale, l’originalité du scénario de Paul Laverty résidant dans le choix de décrire les exploiteurs, et non pas les exploités, sans les condamner. L’héroïne de l’histoire, Angie, elle-même exploitée puis licenciée par ses employeurs, décide de monter avec l’aide d’une amie sa propre société de travail temporaire dont elle connaît désormais tous les rouages. Cette activité en marge de la légalité désespère son père, ouvrier à la retraite qui ne retrouve pas les luttes ouvrières dans le projet de sa fille et condamne la prospérité acquise par le Royaume-Uni en exploitant ces immigrés plus ou moins clandestins. Angie n’en a cure : elle commence à vieillir, ne veut pas finir comme son père et passe progressivement dans l’illégalité pour avoir sa part du gâteau, ce qui va lui attirer de sévère représailles de la part des immigrés exaspérés. Comme on peut le constater, l’héroïne de ce film n’a pas que des qualités mais - et c’est là la grande hardiesse du scénario - son énergie ambitieuse finit par atténuer les zones douteuses de son caractère et entraîne progressivement le spectateur à tolérer ses choix.

Comme toujours dans les films de Loach qui traitent de la réalité sociale contemporaine, les acteurs inconnus de nous semblent non professionnels et donnent à leur personnage un caractère de totale authenticité : la façon dynamique et séduisante dont Kierston Wareing incarne cette Angie ambiguë est un des principaux atouts de It’s a Free World.