It's a Free World

Film anglais de Ken Loach

Avec Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek


Prix du scénario, Mostra de Venise 2007


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 02-01-2008

Durée: 1h33

 

Mi-Angie, mi-démon

Après avoir exploré, avec le succès qu’on connaît, le drame historique dans Le vent se lève, Ken Loach revient chasser sur ses terres de prédilection avec It’s a free world, chronique sociale contemporaine sur les conditions de travail en Angleterre.

L’esprit de révolte est toujours bien vivant en Ken Loach qui, sans relâche, continue d’observer la société et d’en dénoncer les injustices. Cette fois, c’est l’esclavagisme moderne permis par le système socio-économique anglais que le cinéaste démonte patiemment, à travers le portrait d’une jeune femme abîmée par l’existence qui décide de devenir son propre patron. C’est donc un « monde libre » bien ironique et amer que nous donne à voir le film : Ken Loach peint une société victime qui s’est transformée en bourreau, un bourreau implacable et décomplexé quand il s’agit de survivre chacun pour soi et qu’aucune solution collective n’est proposée.

Allégorie vivante de ce système ambigu, Angie est partagée entre la volonté de s’en sortir et l’humanité paradoxale qui l’habite, toute d’empathie et de cruauté à la fois. Sans jamais tomber dans le moralisme ou le didactisme lourd, Ken Loach met au jour, avec une précision et une finesse remarquables, la logique de développement d’une femme bien sous tous rapports qui finit un beau jour par exploiter autrui. A ses risques et périls. Car c’est sans complaisance aucune que le cinéaste ouvre It’s a free world sur une expiation qui ne viendra pas.

Si Ken Loach a voulu sous-tendre son film par une colère latente, on pourra par moments regretter que cette colère, malgré le surgissement ultime de la violence, n’ait pas un peu plus de tripes, de verve, de souffle, diluée dans une féminité ambiguë baignant tout le film. Mais c’est là peut-être toute l’essence de notre société actuelle : une duplicité sans véritable passion, qui explose parfois en de tragiques coups d’éclats.