Je suis un cyborg

Film coréen de Chan-Wook Park

Avec Lim Soo-jung, Jung Ji-Hoon





Par Elise Heymes
 
Sortie le 12-12-2007

Durée: 1h45

 

Cruelle fantaisie

Dans Je suis un cyborg, Park Chan-Wook fait rimer tendresse et poésie avec l’extrême violence comme pour déjouer les pièges et autres clichés des genres déjà visités dans ses précédents films. Il réalise ici la radiographie délirante d’une jeune fille psychotique, faisant d’une crise existentielle le prétexte d’une romance loufoque aux accents baroques.

Pour fuir l’absurdité de son existence d’ouvrière, Young-goon n’a d’autre issue que de sombrer dans la psychose. Ce qui lui vaut une plongée dans l’univers psychiatrique, où les malades s’inventent du sens à tout va. Et où elle rencontre un garçon aussi dingue qu’elle qui, en s’appropriant son univers mental par une méthode personnelle qui pourrait tout aussi bien s’appeler « compassion », parvient à se lier à elle. Young-Goon se prend pour un cyborg, qui plus est, se demande « dans quel but on [l]’a fabriquée » et aimerait « avoir une raison d’être », sans quoi elle refuse de s’alimenter. De ce sujet, entre noirceur et tabou, Park Chan-Wook parvient à faire une comédie hilarante. Il désamorce la violence psychologique quasi systématique de ses anecdotes, par la virtuosité de son traitement de l’image et de sa direction d’acteurs. Ses décors sont doux par leurs harmonieuses couleurs pastel, ses personnages burlesques par leur gestuelle décalée. De ce mélange explosif du charmant et du prosaïque, résulte un tout inracontable, difficilement réductible et sûrement inimitable. Reste au spectateur d’accepter de ne pas y trouver sa place, comme de se contenter des simples effets (dans les deux sens du terme) sans attendre davantage…