I'm Not There

Film américain de Todd Haynes

Avec Christian Bale, Cate Blanchett, Marcus Carl Franklin, Richard Gere, Heath Ledger, Ben Wishaw, Charlotte Gainsbourg





Par Elise Heymes
 
Sortie le 05-12-2007

Durée: 2h15

 

Créature et créateur

Cinéaste américain oscillant entre la marge et le système par l’originalité de sa démarche artistique et sa capacité à réunir acteurs et financements , Todd Haynes réalise, avec I’m not there un film magnifique. Inclassable ...

Aux antipodes du portrait hagiographique qui viserait, via la reproduction et la chronologie, la fameuse « fidélité », ou la « véracité » du personnage de Bob Dylan et à la fois le propos élogieux sur son oeuvre, Todd Haynes créé, compose, suggère, projette, fantasme, invente….Il imagine un Bob Dylan à travers sept visages (avec six comédiens), sept personnages que lui ont inspirés la vie et la musique de l’artiste mythique. Entre l’enfant prodige (se disant Woody Guthrie) aux deux foyers américains des années 50, l’un blanc, l’autre noir et Billy the Kid, il y a l’adolescent Rimbaud ou Le poète ; le chanteur folk des années 60 ou la « voix du peuple » ; celui rock qui choque ou déçoit ; l’acteur Robbie, ou la vie amoureuse et le chanteur « chrétien ». Autant de personnages que de rapports à l’existence, à l’Amérique, au monde. Sept univers qu’enrichissent symboliques et métaphores, choix stylistiques et options techniques. Le tout inscrit dans un assemblage de genres dont le va-et-vient permet le dépassement. Pour mieux renouveler le point de vue, la vision, l’image d’un homme qui porte ici la conscience historique et culturelle d’un pays décidément en quête de lui-même.

Du mythe, qu’il déconstruit et dépèce, Todd Haynes conserve la substantielle moelle : la voix, la musique. Sans oublier les paroles des chansons qui viennent accompagner et nourrir les images. Et par les interprétations qu’il nous donne à voir du mythe de Dylan, il réinvente l’artiste en mythifiant cette fois sa complexité et son irréductible capacité à embrasser les époques, les mouvements, les genres…Ce qui fait la puissance du film de Todd Haynes, c’est justement le jeu de miroir qui y conditionne la créature et son public, mais aussi la créature et le cinéaste. Celui-ci semble en effet questionner l’artiste dans ce qu’il a de nécessairement éclaté, morcelé – non pas seulement psychiquement mais aussi culturellement dans le temps et l’espace par l’héritage de l’inconscient collectif qu’est ici celui de la nation américaine notamment. Toute œuvre, toute création pouvant être considérée comme une tentative de rassemblement, d’unification et de dépassement de la fêlure ou de la question qui l’engendre.
Pris au jeu du révélateur entre l’idole et son public, dont l’alchimie forge l’inscription mythique dans l’histoire collective, Todd Haynes semble se profiler mieux que jamais dans cette œuvre pourtant « biographique ». Et l’on ne sait parfois plus, qui de la créature ou du créateur, on voit la réinvention, la redécouverte, l’expression, à l’écran.