Elizabeth : l'Age d'Or
Elizabeth : The Golden Age

Film américain de Shekhar Kapur

Avec Cate Blanchett, Geoffrey Rush, Clive Owen, Rhys Ifans, Samantha Morton





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 12-12-2007

Durée: 1h54

 

Il y a dix ans, Shekhar Kapur réalisait Elizabeth, déjà interprétée par Cate Blanchett, somptueux (télé)film qui avait obtenu 7 nominations aux Oscars et une poignée de Baftas, preuve que l’exception culturelle n’est pas une vue de l’esprit. Il nous en propose la suite aujourd’hui. Si cette seconde partie de la vie d’Elizabeth constitue l’Âge d’Or de son règne – amours sacrifiées, maternité refusée, rivale décapitée, meurtres en tous genres, piratage, guerres, etc. - on ne regrette vraiment pas d’avoir changé d’époque.

On comprend que le maquillage blafard, l’épilation, les perruques rousses et la garde-robe de cette Reine n’en font guère un sex-symbol. Mais ce film présente surtout d’étonnantes caractéristiques, déjà présentes dans le premier épisode, à savoir l’indépendance de la caméra qui échappe au contrôle du réalisateur. Par une sorte d’attraction invincible, elle s’approche de la Reine dès qu’elle l’aperçoit dans un décor et se met à tourner autour, comme la lune autour de la terre. Renseignement pris, Shekhar Kapur n’est pas d’origine turque - ce qui expliquerait une tendance derviche – mais indienne. Cette caméra satellite est également dotée d’un goût immodéré pour les hauteurs : telle une chauve-souris suspendue au plafond, elle nous propose quantité de plongées vertigineuses sur divers palais et autres cathédrales. Ce point de vue de trapéziste et cette bougeotte incessante sont déjà assez fatigants pour l’oeil du spectateur. Quant aux oreilles… Pour nous envoûter définitivement, ce ballet permanent est submergé par une musique ininterrompue (ils s’y sont mis à deux) qui semble avoir été mixée pour tester principalement la capacité de résistance des haut-parleurs dans les fortissimi en dépassant le vacarme de la canonnade des combats navals de l’Invincible Armada. Regrettons aussi que l’arrivée de cette célèbre flotte, annoncée depuis les lointains débuts de la projection, doive évidemment tout à l’infographie et qu’il y manque nettement ce qui constituait le « clou » final des films à grand spectacle d’antan : des centaines de vrais figurants sur des dizaines de vrais galions, la naïveté en plus. Mais on savait déjà que le numérique peut tout faire, sauf de la naïveté, hélas.