L'Homme sans âge
Youth without Youth

Film américain de Francis Coppola

Avec Tim Roth, Alexandra Maria Lara, Bruno Ganz





Par Elise Heymes
 
Sortie le 14-11-2007

Durée: 2h05

 

Eternel retour

Film aux moyens relativement modestes, préparé dans la discrétion, L’Homme sans âge se révèle plus qu’ambitieux. Il aspire à suggérer, par la mise en scène, l’idée de totalité. Celle-ci est brillamment introduite dans le scénario (adapté du roman Youth without Youth de Mircea Eliade) : les thèmes centraux du temps et de la conscience (obsessions cinématographiques et existentielles de Coppola) sont symbolisés par le savoir, la métempsycose et l’amour. Si ce dernier opus se perd souvent dans le dédale de ses propres interrogations, il n’en reste pas moins un film philosophique, qui offre d’innombrables champs de réflexion.

En 1938, Dominic Matei, un professeur de linguistique assez âgé est frappé par la foudre en pleine rue, alors qu’il envisageait de se suicider. Au lieu de mourir, il rajeunit et voit ses facultés intellectuelles décuplées. Il peut donc se lancer dans l’oeuvre colossale que sa vie première avait manquée : une recherche sur les origines du langage.

Usant du double de son héros pour amorcer par la dialectique des questionnements à la fois scientifiques et existentiels, Coppola met en scène la quête obsessionnelle de la connaissance absolue. Il associe la tension dramatique de son film à la contrainte permanente, pour son personnage, de changer d’identité pour échapper au Mal ambiant (judicieux, le choix, entre autres, du nazisme et de sa volonté maladive de totalité, de grandeur, de surhumanité) et choisir entre l’aboutissement de l’oeuvre de sa vie et l’amour de sa vie. En d’autres termes, il nous donne à voir le parcours d’un être, qui de « surhumain », doté d’une hypermnésie, capable de savoir et comprendre par la simple force du désir ou de la volonté, va accéder à son humaine substance, dans le renoncement à soi par amour. Fascinante, cette exploration de l’âme humaine où s’entrelacent paradoxalement culture orientale et culture occidentale. Film ambitieux donc que cette proposition d’une synthèse du monde, entre Judéo-christianisme et Bouddhisme. La démarche de Coppola trouve sa légitimité même dans la philosophie indienne qui conçoit la conscience de tout individu comme le réceptacle du Tout qu’est le monde. C’est la comédienne internationale Alexandra Maria Lara qui incarne avec délicatesse les trois femmes qui participent du passé, du présent et de l’avenir dans la vie du héros. Ce personnage féminin (Laura, Véronica, Rupini) représente aussi et surtout l’expérience de la métempsycose. Elle renforce la dynamique cyclique du film et l’illustration du mythe de l’éternel retour par la renaissance de son âme…

Seul regret, le manque de mise en scène, parfois, pour donner à voir la somme des questions que le cinéaste aborde et des données qu’il rassemble. L’accumulation ne dépasse pas toujours la simple énumération, même si elle est visuelle...
Humaniste et idéaliste, Coppola réalise ici une oeuvre imparfaite, mais finalement très ouverte.