La Vie intérieure de Martin Frost
The Inner Life of Martin Frost

Film américain de Paul Auster

Avec David Thewlis, Irène Jacob, Michael Imperioli, Sophie Auster





Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 14-11-2007

Durée: 1h33

 

Une vie bien pâlotte

Inspiré d’une ekphrasis cinématographique du Livre des illusions, La Vie intérieure de Martin Frost marque le grand retour de Paul Auster au cinéma, après Brooklyn boogie et Lulu on the bridge. Un retour, on ne le cachera pas, décevant, pour un petit film imaginatif mais sans réelle épaisseur.

Le principe était pourtant séduisant : un romancier à succès, retiré à la campagne pour se faire peau neuve, voit son havre de paix menacé par l’intrusion soudaine d’une femme mystérieuse. De sourires en leçons de philosophie empiriste, la muse apprivoise bientôt son Pygmalion bougon. On ne croit pas si bien dire : Claire détient toutes les caractéristiques de ce qui pourrait bien ressembler à une allégorie de l’inspiration…

Par-delà les liens multiples avec les thèmes favoris de Paul Auster romancier, l’entrée en matière de cette mise en abyme littéraire laisse à espérer un bon film, libre et impertinent. On se plaît à découvrir, au gré des références philosophiques et littéraires (que le cinéma vient parfois intelligemment servir – ainsi du plan sur le linge ondoyant au gré du vent, comme la forme de l’oeuvre offerte au hasard de l’inspiration – référence explicite à Mallarmé que Paul Auster connaît bien), la vie intérieure d’un écrivain taciturne, fort bien campé par David Thewlis.

Mais le surnaturel cocasse qui marque tout le début de La Vie intérieure de Martin Frost s’affadit à mesure du dépérissement de la muse. Le rythme ralentit, l’ennui s’installe et les facéties de Michael Imperioli, en écrivain raté, tout comme l’apparition d’une nouvelle muse, blasée (interprétée par la propre fille d’Auster), peinent à faire rebondir le film. Pire, quand la première muse renaît de ses cendres, elle n’est plus que la caricature nunuche d’une Eurydice dépourvue d’aura. On aura connu de meilleurs rôles à Irène Jacob… Alors, quand la scène finale propose à un Orphée au bord de la dépression de rejouer la confrontation aux Enfers, la magie a disparu depuis bien longtemps déjà…