Bluesbreaker

Film français de Dominique Brenguier

Avec Robinson Stévenin, Richard Bohringer, Estelle Vincent





Par Claude Gallot
 
Sortie le 17-10-2007

 

Nous ne le savons pas, mais, dans la vie de tous les jours, nous croisons des anges (je dois avouer que, parfois, je me demande si moi-même…). Ce film a le courage de montrer combien notre vie est compliquée et incomprise, parce que secrète. Depuis Franck Capra, qui nous aimait et nous respectait, nous ressentons un véritable complexe d’abandon.

Voici donc trois anges, êtres éthérés par essence,qui oeuvrent en harmonie, dans les sous sols peu avenants d’un grand magasin. René (Robinson Stévenin,très beau) ange débutant, naïf, maladroit, timide , parlant de lui à la troisième personne : "tu viens manger, René ?" lui demande son chef, "il n’a pas encore faim" répond–il ; preuve qu’il est un autre, lorsqu’il est sous terre, sa vraie vie se passant dans les nuages, à jouer à tue-tête de la guitare électrique, comme son idole Peter Green. Des anges, cependant, l’aident à supporter la condition terre-à-terre d’aide magasinier : tout d’abord, monsieur Maurice, son chef, (interprété avec une grande humanité par Richard Bohringer, looké en Django Reinhardt) qui le protège depuis sa sortie de l’orphelinat. Nathalie (délicieuse Hélène Vincent) comptable, dans son Etat souterrain, est celle à qui René n’osera jamais avouer son amour. Monsieur Maurice, touché par la limite d’âge (les anges aussi ont le droit d’etre fatigués) part à la retraite pour se consacrer à la contrebasse, dans un petit orchestre. Le nouveau chef arrive, c’est un mauvais ange (un démon, certainement) et là, tout se gâte, la belle harmonie est brisée, jusqu’au drame final : la chute de l’ange qui est peut être un envol. Les trois acteurs principaux sont excellents parce que d’une grande sincérité. La musique de Paul Personne est totalement planante dans le style des blues anglais des seventies. Dominique Brenguier, ancien chef opérateur, dont c’est le premier film comme metteur en scène, utilise, avec maîtrise, deux sortes de noir et blanc : l’un, granuleux, dans les scènes de sous-sol, l’autre, presque transparent, dans les moments oniriques. Brenguier nous dit, avec talent, que si une soupape de sécurité permet à chacun de nous de supporter la vie quotidienne, c’est bien le rêve.
Nota bene : dans une séquence, on apercoit fugitivement un crucifix coiffé d’une couronne d’épines lumineuse (gentiment Pop'Art) certains en ont pris ombrage au point de jeter le film aux orties.