Lagerfeld Confidentiel

Film français de Rodolphe Marconi

 
Sortie le 10-10-0207

 

Portrait en creux

Avec Lagerfeld Confidentiel, Rodolphe Marconi réalise un portrait de Karl Lagerfeld qui se voudrait délicat, jusque dans la mise à nu d’une certaine intimité de son sujet. La qualité de ce condensé des quelques trois cents heures passées à filmer son personnage se révèle toutefois plutôt dans ses creux et ses manques.

C’est la première fois que Karl Lagerfeld autorise officiellement une démarche biographique sur sa personne. Offrant ainsi l’occasion de jouer au chat et à la souris avec quelqu’un qui se veut insaisissable. Ou comment approcher le mystère d’une figure de la mode absolument rock (détail qui n’intéresse d’ailleurs pas l’intéressé) sans parvenir à le percer. En effet, si Karl Lagerfeld est quasiment tout le temps à l’écran, le problème est qu’il fait écran. De par sa personnalité paradoxale d’abord. Car au fond, cet homme sciemment énigmatique, que l’on croirait volontiers absolutiste, se cache derrière quantité de nuances… Déguisement ? Pose ? Parure ? (On ne parlera pas des centaines de bagues que la caméra scrute à maintes reprises comme l’on stigmatise avec insistance une manie, des manies il y en a trop) Et si Rodolphe Marconi saisit d’un côté la rigueur obsessionnelle, l’auto-tyrannie et de l’autre la grande souplesse assumée (elle n’est ni fabriquée, ni apparente), il n’en décrypte que les expressions et non les fondements. De toute façon, Lagerfeld lui oppose son refus de l’analyse, car comme disait sa mère : lorsque on est assez honnête, on n’en a pas besoin, de psychanalyse. De toute façon, le cinéaste aborde les problématiques les plus profondes (de front : l’homosexualité, la figure maternelle, etc.) avec un brin de superficialité et de maladresse assez déconcertant. Le sujet s’agace, se moque, bref renâcle. Et c’est dans ces moments de résistance que Lagerfeld, fidèle à ses contradictions, se livre, à son insu. Instants tout aussi déterminants que lorsque le flux de ses confidences le ramène presque toujours à sa fameuse mère. Une femme moderne, comme elles furent rares pendant et aux lendemains de la seconde guerre. Une femme exigeante, une femme légère, une femme exceptionnelle…Qui semble n’avoir pas fait grand cas des « originalités » de son fils, mais bien plutôt lui avoir transmis l’aptitude à la liberté, laquelle se traduit par une capacité d’adaptation, plus intellectuelle que pratique sans doute, plus sage que rock, c’est sûr…