Le deuxième souffle

Film français de Alain Corneau
D'après l'ouvrage de José Giovanni

Avec Daniel Auteuil, Monica Bellucci, Michel Blanc, Jacques Dutronc, Eric Cantona





Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 24-10-2007

Durée: 2h35

 

A bout de souffle

Faire une nouvelle adaptation du roman de José Giovanni après celle, devenue un grand classique du cinéma policier français, que Jean-Pierre Melville signa en 1966, voilà projet pour le moins ambitieux. Mais fuir le naturalisme, bouleverser les couleurs du genre pour le mythifier, faire rentrer l’esthétisme et le ralenti asiatiques dans le film noir français : c’est un pari fou que s’est lancé Alain Corneau.

Qu’à cela ne tienne, le réalisateur a sorti la grande artillerie : un casting qui réunit les plus gros calibres du cinéma français, une équipe technique des plus chevronnées, un tournage intégralement en studios… Corneau sait s’entourer quand il s’agit de concilier morceau de bravoure et hommage de cinéphile. Aucune surprise, donc, à ce que tout soit savamment orchestré, chorégraphié, huilé. Les décors et costumes sont soignés jusqu’au moindre détail, la photographie est irréprochable, la mise en scène est impressionnante : l’exercice de style est réussi.

Mais voilà, le film est victime de sa perfection : dans cette adaptation qui déborde d’intentions, les comédiens, rivalisant pourtant d’expérience et de charisme, sont littéralement étouffés. Les dialogues, pourtant repris à la virgule près du prestigieux roman de Giovanni, sonnent souvent de façon bien fade (le monologue de Michel Blanc, qui ouvre le film, est un exemple de ratage fascinant). Et l’action, comble du comble, finit par manquer… de souffle ! Tous les protagonistes du Deuxième souffle, interrogés sur le film, ne cessent d’invoquer la grandeur du destin de Gu, le vieux gangster venu d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître... On la cherche durant les 2h35 d’un bon polar, certes, mais un polar qui, à aucun moment, n’est l’objet de cette sublimation tragique qu’on voudrait bien lui prêter. Si la mécanique fatale du destin s’en prend à quelque chose, c’est à un film qui était voué à se figer dans le marbre de sa perfection.