L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford
The assassination of Jesse James by the coward Robert Ford

Film américain de Andrew Dominik
d'après le livre de Ron Hansen

Avec Brad Pitt, Casey Affleck, Sam Shepard, Mary Louise Parker, Paul Schneider, Jeremy Renner, Zooey Deschanel, Sam Rockwell, Garret Dilahunt


Prix d'interprétation Brad Pitt, Venise 2007


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 10-10-2007

Durée: 2h39

 

l'Anti Western

Ce superbe film est une mine de surprises, la plus grande étant peut-être de découvrir l’existence (et le talent) de Andrew Dominik, jeune réalisateur néo-zélandais, pratiquement inconnu, dont la courte filmographie ne mentionne qu’un film, Chopper, également consacré à la vie d’un assassin et tourné en 2001. Le voici à la tête d’un film interprété par des stars de haut calibre et donnant durant deux heures quarante une magistrale leçon de cinéma. Il aurait fait des études à la Swinburne Film School qui me semble désormais un endroit éminemment recommandable et que pourrait fréquenter notre nouvelle Nouvelle Vague locale (si appréciée de la critique parisienne) qui se consacre maladroitement et massivement aux amours adolescentes.

Jesse James est un hors-la-loi célèbre aux Etats-Unis qui a déjà inspiré de nombreux films et téléfilms, sans parler d’une abondante littérature. A la tête d’une troupe de bandits, il a attaqué des trains, braqué des banques et commis de nombreux assassinats dans les années qui ont suivi la fin de la Guerre de Sécession. Mais, présenté par une partie de la Presse comme un rebelle sudiste qui continuait le combat contre les vainqueurs yankees, il comptait beaucoup d’admirateurs chez les vaincus qui voyaient en lui une sorte de Robin des Bois volant l’argent des riches pour le distribuer aux pauvres. Fasciné par ses exploits, le jeune Robert Ford rallie cette troupe de brigands et finit par entrer dans l’intimité de la famille James (car cet aventurier psychopathe était marié et avait deux enfants). Partagé entre des accès de violence sauvage et de longues méditations silencieuses, Jesse James a entretenu durant des années un climat de terreur perverse auprès de ses lieutenants jusqu’à ce que Robert Ford, prenant les devants, finisse par le tuer d’une balle dans le dos. Comme il avait débarrassé la Société de son ennemi public, il en espérait naïvement gloire et reconnaissance. Mais on lui reprocha surtout sa lâche trahison et la foule applaudit lorsqu’il fut lui-même assassiné par un Jessophile inconsolable.

La réalisation est somptueuse, mêlant les séquences hivernales et celles du plein été, comme s’il n’y avait aucunes limites aux demandes d’Andrew Dominik : ni plan de travail incontournable, ni budget à respecter, ni dates de sortie. La mise en scène évoque parfois les partis pris de Clint Eastwood dans Unforgiven, mais il ne s’agit pas d’un western, malgré les chevaux, les grands espaces et l’époque du récit : le coeur de ce drame psychologique est constitué par cet affrontement entre un héros fascinateur et un adolescent fasciné. Brad Pitt trouve là un très beau rôle qui nous change des pitteries habituelles et il mérite amplement son Prix d’Interprétation à Venise, récompense qu’il aurait pu partager avec Casey Affleck qui incarne un remarquable Robert Jones à la fois veule, flatteur mais souvent provocateur face à son imprévisible idole.