Crin Blanc / Le Ballon Rouge

Film français de Albert Lamorisse
Albert Lamorisse, Denys Colomb de Daunant

Avec Alain Emery, Pascal Lamorisse, Laurent Roche, François Perié


Palme d'or Cannes 1953 et 1956, Prix Jean Vigo, Academy Awards, etc...


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 10-10-2007

Durée: 40'/36'

 

Cinéma Magique

Après un remarquable travail de restauration, les deux plus célèbres courts-métrages d’Albert Lamorisse, Crin Blanc (1953) et le Ballon Rouge (1956) sont de nouveau visibles. Leurs dates de réalisation ne doivent pas rebuter le public d’aujourd’hui, car ces contes pour enfants (et pour adultes) sont éternels comme Blanche-Neige ou Pinocchio que les usines Disney n’hésitent pas à rééditer depuis soixante-dix ans avec un succès inépuisable et justifié. Ces deux films, couverts de Palmes, d’Oscars et de Prix divers, ont assuré la carrière de ce jeune réalisateur, amoureux de l’image, qui creusait un filon en marge du cinéma commercial. Obsédé par la prise de vue aérienne, il a mis au point, avec des ingénieurs de la Marine Nationale, une tête panoramique gyroscopique à bain d’huile destinée à supprimer les vibrations qui rendaient jusqu’alors impossibles les prises de vues en hélicoptère, l’Hélivision, ouvrant ainsi la porte dans laquelle se sont engouffrés les réalisateurs des générations suivantes. Avec son nouvel outil, il réalise le Voyage en Ballon (1956), fantaisie à la Jules Verne qui, pour la première fois, nous permet de voir d’étonnantes images de la France vue du ciel. Les films suivants feront tous appel à cette technique jusqu’en 1970 où il trouvera la mort en Iran, son hélicoptère en rase-mottes ayant heurté des lignes à haute tension.

Mais il ne faudrait pas réduire l’apport d’Albert Lamorisse à ce seul progrès technique. C’était surtout un poète amoureux d’un cinéma pur, dépourvu de bavardages, aux idées graphiques jaillissantes. Revoir ses films aujourd’hui permet un pèlerinage dans des décors oubliés : Crin Blanc se déroule dans une Camargue virginale, paradis aquatique épargné par le tourisme de masse et le Ballon Rouge nous fait redécouvrir un Paris presque médiéval qui ne connaissait ni les tours, ni les parcmètres, ni les rangées de vélolibs. En plus, les effets spéciaux de ce discret magicien doivent tout à l’astuce poétique et rien aux logiciels. Courez voir la différence.