Alexandra

Film russe de Alexander Sokurov

Avec Galina Vishnevskaya, Vassili Shevtstov





Par Elise Heymes
 
Sortie le 26-09-2007

Durée: 1h32

 

Chronique militaire

Quelques années après les films Moloch, Taurus et Le Soleil qui portaient respectivement sur Hitler, Lénine et Hirohito, Alexandre Sokourov s’intéresse, avec Alexandra, aux petites gens pris dans les tourments de la guerre. Sa réflexion sur le pouvoir laisse place ici à la représentation du quotidien des soldats – et des civils – en Tchétchénie vu par les yeux d’une femme russe assez âgée. Alexandra vient rendre visite à son petit-fils de 27 ans qui est capitaine dans un campement de Grozny. Sokourov fait de ce tableau une allégorie de « la vie en temps de guerre ».

Tourné sur les lieux réels dans des circonstances extrêmement contraignantes, le film atteint le réalisme escompté. Il se fonde sur le caractère insolite d’une rencontre entre deux « figures » - voire deux « genres humains » - que tout oppose ; une vieille femme pacifique et de jeunes hommes voués à tuer. Véritable promenade au gré des sentiments qui se succèdent chez Alexandra, au fur et à mesure qu’elle découvre les lieux et les conditions de vie de ce « temps de guerre », le film de Sokourov conserve pourtant sa force d’abstraction. Sans doute parce que le cinéaste a choisi de faire sienne la lenteur de la vieille femme. Trois jours passent sans que rien de particulier ne survienne. (La violence de la guerre est de toutes façons hors champ). Trois jours d’un regard attentif aux hommes et aux objets. Pas de marquage temporel ou spatial dans ce que l’on voit et entend : nous sommes quelque part entre hier et demain.

Si le film se nourrit des réactions émotionnelles des personnages - l’humour d’Alexandra rencontre l’orgueil militaire, de même que la tendresse amusée que les soldats ont pour elle se heurte à l’imparable autorité de la digne vieillesse – le film ne se veut à aucun moment moralisateur. Malgré ce parti pris, naïf peut-être, de montrer Alexandra se lier d’amitié avec une vieille femme tchétchène dans ce qui reste du village d’à côté. Naïf ou simplement humaniste ?