Control

Film anglais de Anton Corbijn

Avec Sam Riley, Samatha Morton, Alexandra Maria Lara


Film d'ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs et Mention spéciale du jury Caméra d'or


Par Elise Heymes
 
Sortie le 26-09-2007

Durée: 1h59

 

He's lost control

Catalogué « photographe de rock », réalisateur de clips, Anton Corbijn nous offre, avec Control, un premier film plus que maîtrisé. Inspiré de la biographie de Ian Curtis par sa femme Déborah Curtis et des rencontres avec les autres protagonistes de l’époque, le film embrasse la (courte) vie du leader du groupe Joy Division. L’histoire d’un douloureux écartèlement entre vie de famille et gloire naissante, entre sa compagne et une autre femme…

Quand Ian Curtis est en proie au désoeuvrement, il se maquille les yeux ou se shoote aux neuroleptiques en compagnie de ses amis. Et quand il ne campe pas son rôle de conseiller à la bourse de travail du coin, il se rend aux concerts de ses idoles rock. Personnalité paradoxale ou nuancée sans doute, à la sensibilité de poète en germe, c’est sûr. C’est après son mariage avec Déborah qu’il commence à écrire des chansons. Débute une carrière aussi intense que fulgurante que Anton Corbijn suit au plus près des émotions de Ian Curtis et de ses proches, prenant ainsi le contre-pied des nombreuses biographies qui oscillent entre intériorité et regard extérieur sans jamais parvenir à se détacher du point de vue du spectateur fasciné (les cinéastes sont eux-mêmes parfois éblouis par leur sujet).

A défaut d’employer les grands moyens visuels et sonores généralement mis au service de la (re)construction d’un mythe musical, Corbijn a opté pour l’économie d’une mise en scène extrêmement sobre, que renforce le choix du noir et blanc. La composition des décors en est un excellent exemple : les lignes et motifs qui parsèment les rideaux des fenêtres, les tapisseries des murs et les vêtements que portent les acteurs, condensent à eux seuls tout le style de l’époque fin 70 – début 80.

Cette esthétique de l’épure épouse parfaitement l’isolement dans lequel plonge toujours plus profondément Ian Curtis. Corbijn filme avec beaucoup de pudeur le cheminement irréductiblement solitaire qui mènera son personnage au suicide à seulement 23 ans. Entouré. Mais seul dans son combat entre « le coeur et la conscience », avec « la honte de la personne qu’[il est] ». Sam Riley s’approprie remarquablement ce personnage rock dépressif dans la vie et lumineux sur scène. Avant que sa maladie (l’épilepsie) et que la dépression ne le rattrapent sur scène…Un portrait dont la grâce égale l’évanescence de son sujet.