La fille coupée en deux

Film français de Claude Chabrol

Avec Ludivine Sagnier, François Berléand, Benoît Magimel, Mathilda May, Caroline Sihol





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 08-08-2007

Durée: 1h55

 

Le vieux clapotis

Je suis à chaque fois étonné des louanges qui accueillent depuis des années le dernier Chabrol, quel qu’il soit, comme si la Critique perdait tout sens (critique) devant l’abondante et répétitive production de ce sympathique rigolo. Tant mieux pour lui : il a trouvé un filon et se garde d’en changer.
 
La caricature féroce de la bourgeoisie (provinciale, de préférence) caractérisait ses films aux temps lointains de la Nouvelle Vague et il a gardé ce cap. Mais un demi-siècle s’est écoulé et une famille plus ou moins bien recomposée règne désormais sur l’Elysée, en ce début de millénaire. Sans s'en soucier, l’ami Claude continue de ressasser des histoires mauriaciennes qui devaient se dérouler dans le Bordelais, en 1930, comme s’il ne lisait plus les journaux. Qu'aurait dit la Critique si le cinéma des années 60 s’était exclusivement consacré aux frasques de cocottes 1900 avec des amants moustachus dans des fiacres trottinant au lieu de nous proposer Le beau Serge, par exemple ?

Tombant dans le piège tendu par ce malicieux provocateur, la Critique le présente gravement comme un moraliste qui brosse le portrait de la haute société corrompue. Mais franchement, le trait est tellement gros, les personnages tellement invraisemblables, qu’on ne peut échapper à l’idée qu’il s’agit d’une parodie en hommage au Guignol lyonnais (bien sûr). Comment croire à cet auteur érotomane interprété par l’inévitable François Berléand (qui est en train de battre Pierre Arditi sur le terrain de la boulimie professionnelle), à Benoît Magimel (mieux inspiré d'habitude) en fils de famille aux vestes et à la coiffure grotesques, à Ludivine Sagnier présentatrice météo qui arrive à quatre pattes pour la séquence SM ? Bien entendu, il y a les habituelles plaisanteries sur la médiocrité de la télévision qui font sourire l’intelligentsia, mais si les cinéastes voulaient vraiment abattre ce médiocre rival, ils devraient se mobiliser pour interdire définitivement le passage de leurs films entrecoupés de pubs sur le petit écran, qui finira par paraître immense devant la prochaine étape : la projection de Lawrence d’Arabie sur les téléphones mobiles.