Charly

Film français de Isild Le Besco

Avec Julie-Marie Parmentier, Kolia Litscher





Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 12-09-2007

Durée: 1h35

 

O.C.N.I.

Charly est sans conteste un Objet Cinématographique Non Identifié, qui prend le cinéma français contemporain à contre-pied, et à contretemps. A l’heure où nombre de réalisateurs cherchent à singer leurs alter ego américains, Isild Le Besco impose avec une audace rare un style brut et hyperréaliste, sans concessions, dans la lignée de son premier moyen métrage remarqué, Demi-tarif. Avec une conséquence inévitable : on adorera ou on détestera, à la mesure de la radicalité du film.

Charly est avant tout une expérience, une expérience de la saisie du temps – d’un temps : celui du passage de l’enfance à l’adolescence. C’est le temps du jeune Nicolas, pré-ado végétant dans une famille d’accueil version troisième âge – un temps scandé avant tout par des silences. Ces silences ne sont pas ceux de la contemplation ou de la rêverie : ce sont ceux de l’ennui, du vide, de l’impasse. Mais la miraculeuse vision, un beau jour, d’une carte postale représentant la mer, devient pour le garçon une promesse. Un départ.

Surgissent alors des silences inédits dans la vie du garçon : ceux de la découverte, du corps en mouvement, de l’éveil au réel. Un réel sans complaisance qui vient se cristalliser en Charly, jeune prostituée vivant repliée dans une caravane. Son réel est aussi rigoureux que minimaliste, comme pour cadrer toute l’énergie sauvage qui veille en elle. Elle offre à Nicolas de nouveaux silences : ceux qui viennent faire écho, en point d’orgue, aux ordres déclamés dans une clarté quasi militaire. C’est autour de ces ordres et silences que Charly organise leur petite parenthèse de vie.

Dès lors, à quoi bon s’embarrasser du confort douillet d’une image léchée, d’une mise en scène réglée ? Les murmures des personnages, l’écho de leurs maladresses y seraient étouffés, prisonniers d’une fiction trop huilée. Là, Isild Le Besco nous impose son urgence, son énergie. Sans états d’âme, et sans effets. On obtient un film si réaliste qu’il en devient surréaliste, pointant un réel plus vif et aigu qu’aucun réel consenti par notre perception, qui adoucit toujours les contours. Il ne fait aucun doute que beaucoup se sentiront agressés par tant de courage.