Les amours d'Astrée et Céladon

Film français de Eric Rohmer

Avec Cécile Cassel, Andy Gillet, Stéphanie de Crayencour





Par Laurence Bonnecarrère
 
Sortie le 05-09-2007

Durée: 1h49

 

Une adaptation enchantée du roman d'Honoré d'Urfé

Nul autre que Rohmer ne pouvait planter sa caméra au milieu des nymphes et des druides de " terre de Forez" pour y surprendre les amours contrariées de deux bergers de fantaisie, bavards aussi irrépressibles que les protagonistes du Banquet de Platon ou certains personnages familiers de ...Rohmer ! Le cinéaste, qui vient d'inventer la comédie de moeurs métaphysique, nous surprend une fois encore

Inspiré par l'oeuvre d'Honoré d'Urfé, L'Astrée, un poème pastoral composé au début du 17e siècle, le dernier film de Rohmer est aussi inclassable qu'exquis. Voici donc une jeune bergère, Astrée, qui s'éprend du sublime Céladon, poète et musicien de haute lignée devenu berger par accident. Croyant l'avoir surpris en flagrant délit de trahison, elle lui interdit de l'approcher à l'avenir. Désespéré, Céladon se jette dans un torrent, mais il est sauvé par trois nymphes, dont l'une jette son dévolu sur lui... Il s'enfuit, mais continue de se consumer d'amour pour la belle, qu'il n'ose rejoindre. Le roman d'aventure de Honoré d'Urfé incluait une méditation philosophique sur la nature de l'Amour. Le cinéaste n'hésite pas à convoquer lui aussi ces thèmes érotico-métaphysiques platoniciens dont ses protagonistes débattent à l'envi au risque d'étourdir (d'ennuyer ?) les spectateurs. Paroles de bergers :" en aimant, l'Amour aime-t-il l'Autre, ou bien ne fait-il que s'aimer lui-même puisque lorsque l'on aime un autre, l'Autre est reconnu comme étant le Même ? ". Pour finir, Rohmer semble avoir prouvé que l'Amour qui se reconnaît lui-même en l'Autre (cas d'Astrée aimant un (e) autre Céladon) est plus vrai que Celui qui ne cherche qu'à "s'enfermer dans le cercle" de sa propre identité démultipliée.

Les partis pris décalés du cinéaste - cadre élégiaque et tenues extravagantes, préciosité et bavardages intempestifs, étranges pauses chantées - lui permettent d'allier une singulière sensualité poétique à l' intemporel du geste et du verbe amoureux. Ces mots et formes romanesques improbables traduisent la confusion des sentiments et des identités dans des scènes d'un érotisme renversant - c'est nouveau chez Rohmer. Car la belle Astrée, aussi chaste et fidèle soit-elle en pensée, en vient tout de même à succomber aux charmes d'un autre, en l'occurrence d'une autre, dans des circonstances qui autorisent la levée des interdits, innocentant un désir dont la perversité atteint pourtant un degré inattendu. On ne vous en dira pas plus, sinon que les scènes finales sont extrêmement drôles et d'une grâce infinie, cette grâce singulière dont seul Rohmer en a le secret.