Half Nelson

Film américain de Ryan Fleck

Avec Ryan Gosling, Shareeka Epps, Anthony Mackie, Karen Chilton





Par Elise Heymes
 
Sortie le 18-07-2007

Durée: 1h42

 

Primé aux festivals de Locarno et Deauville en 2006, ce premier long métrage est le fruit de la collaboration de Ryan Fleck avec Anna Boden. Encouragés par le succès du court métrage (Gowanus, Brooklyn) qu’ils avaient écrit à la fin de leurs études à la New-York University Film School, ils nous en offrent une version longue, enrichie de la présence de Ryan Gosling, nominé pour le rôle titre aux Oscars du meilleur acteur…

Dans le cadre des cours qu’il dispense à des élèves en difficulté de Brooklyn, Dann Dune développe sa théorie de l’histoire et du changement. Opposés, conflit, recul, avancée, dialectique : tout est dit, pour ce qui est de la théorie. C’est ailleurs que le cinéaste place la pratique. La grande histoire des américains n’est là qu’un prétexte, ou mieux, un judicieux fil rouge, pour nous entraîner dans la petite histoire de ce trentenaire lumineux devant ses élèves, sombre suicidaire dans sa vie privée. Jusqu’au jour où son élève Drey le surprend en train de se droguer. La confrontation de ces deux êtres en mal d’attaches va produire une succession de micros événements qui changeront le cours de leurs existences.

Le scénario est subtil parce qu’il ne se contente pas de ce duo pour engendrer du conflit. Perpétuellement actualisé, il est présent à chaque progression temporelle ou spatiale de l’intrigue et dans la constellation des personnages secondaires.
A travers le conflit structurel de son film - où la confrontation de ce professeur « mourant » (selon sa théorie) et de cette adolescente quasi condamnée à la souffrance morale – Ryan Fleck montre combien le lien social, le rapport à l’altérité en général, permet de dépasser les contraintes et les contradictions qui immobilisent un être livré à lui-même. En un mot, il faut être deux pour avancer. Endosser la responsabilité du lien à l’autre, quel qu’il soit. D’ailleurs, qui dit thèse et antithèse, dit synthèse. Ici, l’interaction. Dont découle le sens de ces vies en question.

Cette réflexion sur la solitude dans ce qu’elle a de stérile, à l’opposé du fameux « dia-logue », renvoie aux personnages fragilisés de l’Amérique d’Amos Kollek (Sue, Fiona, Bridget…) et à ceux, autrement marginalisés, de Lodge Kerrigan (Peter Winter, Claire Dolan, William Keane). Tous errent plus ou moins dans une vie abîmée, dépourvue de centre ou en quête de ses repères. D’abandonnés à leurs souffrances, ils deviennent vite les « inadaptés », les « inaptes », les « laissés-pour-compte » d’une société dominée par l’hyperactivité et la surconsommation individualistes. Parce que rendus « a-sociaux », ils flirtent dangereusement avec «l’ a-normalité ». Est-ce un hasard si c’est le cinéma indépendant qui met le mieux en scène, aux Etats-Unis, ces êtres à la fois « saints » et « souillés », dans toute la dimension de leurs paradoxes et de leur si humaine étrangeté ?