Delirious

Film américain de Tom Di Cillo

Avec Steve Buscemi,Michael Pitt, Alison Lohman





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 04-07-2007

Durée: 1h47

 

Macadam SDF

Nous avions découvert l’univers caustique de Tom DiCillo avec Ça tourne à Manhattan (1995) qui décrivait les tourments d’un réalisateur débutant aux prises avec le tournage low budget d’un film indépendant new-yorkais. Le lunaire Steve Buscemi interprétait ce personnage dépassé par les événements : fidèle à son comédien, DiCillo le transforme dans Delirious en paparazzo minable, traquant des rock stars minables et des acteurs de feuilletons TV minables dans des soirées minables. Cette description cruelle de ce qu’est devenu l’art du spectacle à cause des ravages de la télévision ne manque pas sa cible et rend un lointain hommage au nostalgique Ginger et Fred de Fellini.

Mais le film n’est pas seulement le portrait d’un photographe médiocre. Il repose surtout sur l’étrange relation qui s’établit entre le paparazzo et un jeune SDF, Michel Pitt, qu’il recueille par pitié et tente d’utiliser comme assistant. Ce couple décalé constitue le point fort de cette histoire et évoque celui que formaient Dustin Hoffman et Jon Voight dans Macadam Cowboy (1969). Une attirance homosexuelle inavouée semble flotter entre ces deux hommes sans parvenir à s’exprimer, ce qui donne beaucoup d’ambiguïté à leur relation qui oscille entre cordialité et répulsion. Par contre, l’improbable love story entre le SDF timide et la bimbo rock star nous plonge dans un univers de roman-photo qui détonne avec la cruauté du reste du récit. Cet étrange désir d’un happy ending conventionnel et inutile banalise le film et l’empêche d’accéder au niveau supérieur qu’il aurait mérité pour l’ensemble de ses autres qualités.