Boulevard de la mort, un film Grindhouse
Grindhouse: Death proof

Film américain de Quentin Tarantino

Avec Kurt Russel, Rose McGowan, Sydney Tamilia Poitier, Rosario Dawson, Zoe Bell,





Par Elise Heymes
 
Sortie le 06-06-2007

Durée: 2h

 

Avec ce film, présenté en compétition officielle à Cannes en mai dernier, Quentin Tarentino revisite le cinéma d’exploitation des années soixante-dix. Où comment un psychopathe, le cascadeur Stuntman Mike, s’amuse, par deux fois, à poursuivre à bord de son puissant bolide, quatre jeunes femmes volubiles. Un thriller rare et percutant…

Prédateur sexuel n’atteignant l’orgasme que dans l’exécution sauvage (crash) de ses proies, Mike pourrait bien être un tueur en série. Seulement Quentin Tarentino déjoue son second plan : s’il tue une première série de filles, la deuxième lui réserve une surprise.
Les deux bandes de filles, sensuelles et bavardes, se ressemblent, mais seules survivront celles capables de cruauté et de violence. Reprenant avec brio l’archétype de la course-poursuite, le cinéaste transcende le manichéisme habituel du genre, pour égarer le spectateur dans les méandres de sa propre propension à la violence (réelle ou fantasmatique). Il le malmène en laissant mourir la première victime de son conducteur démoniaque, en ange blond acculé au rythme barbare des coups de frein et d’accélérateur. Il le soumet au suspense haletant de la course comme pour mieux l’associer au chasseur en attente de l’impact, comme pour savoir, à qui, du loup ou des brebis, le public peut bien adhérer.

Dépassant de loin l’exercice de style, Tarentino allie complexité des dialogues et efficacité dramaturgique pour mettre son public à l’épreuve d’une violence extatique, donc déstabilisante. Esthétiser ainsi la violence, c’est nécessairement la construire et la maîtriser, la penser et l’assumer. De gradations en acmés, Tarentino joue de ces tensions et libérations d’autant plus habilement qu’il inscrit son film dans une temporalité de l’immédiat. Cette logique de l’implacable sert de solide armature pour que se mêlent aisément « tragique » et comique.

Film au caractère particulièrement collectif et contagieux, ce Boulevard de la mort, quelle qu'en soit l’issue pour le spectateur, atteint son objectif. Au-delà du brillant divertissement et du plaisir du jeu qu’il implique, il ouvre en effet la voie de la lucidité, car qui dit esthétique de la violence, dit violence de la pensée.