American Vertigo

Film français de Michko Netchak
D'après le livre de Bernard-Henri Lévy

Avec La voix de Jean-Pierre Kalfon





Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 20-06-2007

Durée: 1h35

 

American bobo

American Vertigo est à la fois un livre et un film. Le premier a été commandé en 2005 à Bernard-Henri Lévy par le mensuel américain Atlantic Monthly, soucieux d’offrir à ses lecteurs un regard personnel, critique mais constructif, sur les Etats-Unis. Le second est un documentaire subjectif qui se donne comme le carnet de route du premier, réalisé par Michko Netchak à la faveur des pérégrinations du philosophe français sur les traces d’Alexis de Tocqueville. On obtient un point de vue partiel et partial qui tente de cerner, par petites touches, ce qui fait l’identité américaine aujourd’hui.

L’exercice de style a son charme : à travers cette rhapsodie impressionniste de « vignettes » made in America, on se laisse porter par le souffle du texte qui alterne ellipses et pointes brillantes, billets d’humeurs et sous-entendus, ainsi que par la narration cinématographique qui se fait tantôt orgie kaléidoscopique de mots et d’images, tantôt séquence « no comment » où seules parlent les images. On peut n’être pas toujours d’accord avec les analyses de BHL, on est souvent séduit par ce road movie philosophique, destiné à faire pièce à l’anti-américanisme primaire ambiant qui réduit l’Amérique à son président.

Mais c’est là aussi que le bât blesse : le documentaire se repose un peu trop sur le texte et l’excellente voix off de Jean-Pierre Kalfon (qu’on aurait aimé voir assumée par BHL lui-même, quitte à aller jusqu’au bout du parti pris subjectif). Trop souvent illustratif, trop souvent « clipé », on se demande parfois si American Vertigo n’est pas un film prétexte, un argument commercial, une sorte de résumé illustré de l’essai, comme il existe un « Larousse illustré » – pour ceux qui n’aiment pas lire : on feuillette avec plaisir, mais on reste un peu sur sa faim.