Coeurs Perdus
Lonely Hearts

Film américain de Todd Robinson

Avec John Travolta, James Gandolfini, Jared Leto, Salma Hayek





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 06-06-2007

Durée: 1h48

 

Jamais deux sans trois

On continue de se demander pourquoi Cannes déroule annuellement le tapis rouge pour des oceâneries, des tarantinades ou des coeneries, productions commerciales américaines parfaitement fabriquées mais qui n’ont vraiment pas besoin de l’aide du Festival pour se faire connaître, trouver des écrans et attirer les spectateurs. De plus, on sait depuis longtemps que ces réalisateurs ont prouvé qu’ils pouvaient avoir du talent. Bien sûr, la Montée des Marches par des Pipols est devenue une nécessité commerciale prioritaire, mais il me semble que, par exemple, ce C½urs Perdus aurait été un meilleur choix pour découvrir l’intéressante évolution du thriller hollywoodien par un réalisateur peu connu.

Durant les années quarante, Raymond Fernandez vivait de petites escroqueries au mariage en courtisant des femmes seules, peu séduisantes mais riches, jusqu’à ce qu’il tombe sur Martha Beck qui, pour le malheur de Ray, était pauvre mais très belle. Coup de foudre ! Le couple infernal décida de s’associer, Martha se faisant passer pour sa s½ur, afin d’assassiner désormais les malheureuses candidates au mariage, ces c½urs solitaires repérés par les petites annonces. Ce couple à la Bonny and Clyde inspiré par Landru a été à l’origine de deux films remarquables : Carmin profond d’Arturo Ripstein (1996) et, surtout, le fulgurant Tueurs de la Lune de Miel de Leonard Kastle (1970) qui semble être l’unique film de ce réalisateur mystérieux.

Pourquoi le néophyte Todd Robinson, scénariste venu du documentaire et des séries télé, s’est-il attaché à une troisième édition de ce sujet macabre ? Pour une raison simple et familiale : il est le petit-fils de Elmer Robinson, un des inspecteurs qui ont fini par arrêter les deux assassins avant de les envoyer sur la chaise électrique, ultime séquence d’une barbarie éprouvante. La fascination pour ce film glaçant réside moins dans les progrès de l’enquête qui se resserre autour du couple que dans le portrait que trace Todd Robinson de son grand père, écrasé par l’interminable succession d’homicides qui a constitué son univers professionnel durant trente cinq ans, et définitivement brisé par le suicide de sa femme qui ne supportait plus la dégradation de son caractère. Ce personnage monolithique et lourd qui a perdu le goût du bonheur familial - sorte de c½ur solitaire lui aussi - est incarné par un John Travolta impressionnant. Le reste de la distribution ne mérite que des éloges : on restera longtemps hanté par ce couple criminel, l’halluciné Jared Leto et l’envoûtante Salma Hayer, dans une performance qui est un des nombreux atouts de ce récit diabolique. Il y a également, pour les amateurs, une surprise intéressante : le soutien musical discret et efficace - faisant essentiellement appel à des thèmes jazzy d’époque - est dû au même Mychael Danna qui vient de noyer La Faille sous le flot ininterrompu d’une abondante orchestration. Comme quoi la différence de qualité du résultat, dans ces deux cas opposés, provient bien du désir du réalisateur et non de celui du musicien qui se trouve acquitté au bénéfice du doute.