Le Candidat

Film français de Niels Arestrup

Avec Yvan Attal, Niels Arestrup, Clotilde de Bayser, Maurice Bénichou, Sophie Broustal, Alain Doutey, Laurent Grevill





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 11-04-2007

Durée: 1h35

 

Demain, on rase gratis

Ecrit et réalisé par le comédien Niels Arestrup, Le Candidat est un premier film prometteur car dépourvu des faiblesses souvent dues à l’inexpérience. Homme de spectacle chevronné, Arestrup met en scène son récit avec élégance, des partis pris esthétiques intéressants et l’usage efficace d’un soutien musical discret. De plus, ce scénario assez culotté tombe à pic pendant cette campagne présidentielle où une flopée de candidat(e)s s’affronte pour bénéficier d’un logement gratuit dans un Palais de la République (bail de cinq ans renouvelable) et d’une carte orange multi-zones permettant l’accès gratuit aux avions du GLAM, sans parler des avantages fiscaux. On s’étonne même que soient si peu nombreux, finalement, les amateurs d’un tel gros lot. Comment gagner ce super banco ? En faisant des promesses qu’on tient rarement une fois dans la place.

Le héros de cette fable politique est très atypique puisque, tel Jacques Delors en son temps, il refuse de mentir aux électeurs et c’est, je le crains, le point faible du scénario. Désigné in extremis pour remplacer le candidat officiel de son parti atteint d’une maladie foudroyante, Michel Dedieu n’est guère préparé à une telle épreuve qui l’ennuie si visiblement qu’on se demande comment l’état-major peut choisir un tel looser, même s’il est victime d’une manipulation machiavélique qu’il ignore. Je parle de fable car cette élection se joue entre deux candidats à peine quadragénaires dans un pays où le pouvoir est généralement tenu (à l’exception de Louis XIV, roi à 13 ans ou Bonaparte, Premier Consul à 30) par des Cartes Senior inamovibles. On voit donc, d’entrée de jeu, que nous sommes dans une pure fiction. Au passage, Arestrup égratigne également les conseillers en communication et la politique-spectacle télévisée, ce qui fait toujours plaisir.

Michel Dedieu est interprété par Yvan Attal qui est masqué et fait la gueule à son habitude, mais comme son personnage doit être masqué et faire la gueule, on ne peut parler d’erreur de casting : l’échec aux élections ne fait donc aucun doute jusqu’au moment où ce candidat involontaire, conscient qu’on se joue de lui, tentera de renverser la tendance. Cette fin attendue et un peu simpliste, à la Frank Capra, reste tout de même réjouissante car, comme au Guignol, les méchants seront punis. Hélas, le film s’arrête où on souhaiterait qu’il commence : une fois élu, quel Président serait devenu réellement Michel Dedieu ?