Belle toujours

Film portugais de Manoel De Oliveira

Avec Michel Piccoli, Bulle Ogier


Film franco-portugais


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 11-04-2007

Durée: 1h10

 

Mystère, toujours

Près de quarante ans après Belle de jour (1967), Manoel de Oliveira revisite le chef-d’oeuvre de Luis Buñuel qui consacra Catherine Deneuve au rang de star de cinéma. L’infatigable réalisateur portugais propose, en fait, moins une suite qu’une fantaisie cynique et pétillante sur le film mythique de Buñuel. Pour preuve, Deneuve n’a pas rempilé aux côtés de Michel Piccoli, et c’est une autre combinaison buñuelesque (celle du Charme discret de la bourgeoisie) que de Oliveira nous offre, en invitant à sa table Bulle Ogier.

Belle de jour s’achevait sur un mystère : celui de l’aparté entre M. Husson et le mari de Séverine, paralysé à la suite d’une balle tirée par un client jaloux. Qu’avait révélé alors le vrai-faux ami, inquiétant trouble-fête qui habitait les fantasmes de Séverine sans jamais avoir daigné y céder ? C’est de cette obsédante interrogation qu’est parti Manoel de Oliveira, pour s’approprier avec audace l’univers du maître. Chez Buñuel, le personnage incarné par Michel Piccoli ne faisait que passer ; de Oliveira a décidé de le rendre bavard, reléguant le personnage de Séverine au rang de biche culpabilisante et traquée. Démiurge sadique, double complice du réalisateur, dans Belle toujours M. Husson tire plus que jamais les ficelles. Non sans ambiguïté, puisque c’est un double condamné à l’alcool que nous livre le regard docile mais non dupe des serviteurs, témoins omniprésents des errances des maîtres.

Belle toujours est un concentré de cinéphilie, et de buñuelomanie : les plans jaillissent comme des clins d’oeil, l’ironie douce-amère entraîne les personnages à travers les beaux quartiers de Paris, répétant les rencontres manquées comme pour rejouer une scène primitive. Si rien n’est véridique, à l’horizon d’aucun dieu, existe au moins, à coup sûr, le regard avisé et malicieux du cinéaste. Un regard souvent empli de douceur, comme pour saisir la frontière entre le désir et la retenue. Le regard aussi parfois sans concession d’un proxénète cruel qui prive de vraisemblance ses prostituées : des trois Grâces de Belle de jour, ne reste que deux antiquités "as been" dont le seul charme est la sympathique familiarité. Un savoureux et infidèle hommage à Buñuel.