Golden Door

Film italien de Emanuele Crialese

Avec Charlotte Gainsbourg, Vincenzo Amato


Lion d'Argent Meilleure Mise en Scène VENISE 2006


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 21-03-2007

Durée: 1h58

 

America, America

Emmanuele Crialese s’est fait surtout connaître par Respiro, tourné dans l’île de Lampedusa et qui a obtenu le Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, en 2002.
Cinq ans plus tôt, il avait réalisé à New-York Once we were strangers, comédie douce-amère sur un jeune Italien, cuisinier sans contrat de travail, qui perdait son emploi car il ne concevait pas qu’on ose lui demander de mettre de l’ail dans la sauce des spaghetti alla carbonara. Après plusieurs péripéties sentimentales, il était expulsé des U.S.A. au moment même où la fille qu’il aimait renonçait au voyage en Europe qui les aurait réunis. Le film était charmant, tourné avec légèreté dans les rues de Brooklyn et mêlait à beaucoup d’humour un peu d’émotion.

Avec Golden Door, son troisième film, il se penche à nouveau sur l’immigration italienne, mais au début du 20e siècle, l’humour en moins, le scope et la stéréo en plus : du coup, on a perdu la Crialese touch qui faisait le charme des premiers films.

Sérieux comme un Bertolucci s’attaquant à 1900, il a réalisé cette minutieuse reconstitution d’époque en dialecte sicilien, déguisant soigneusement ses acteurs en paysans qui évoquent plus des figurants d’opéra que les ouvriers agricoles fuyant la misère en s’expatriant. Le neo-réalisme rugueux du cinéma italien qui traitait auparavant ces problèmes sociaux (chômage, misère, mafia) laisse la place à une mise en scène volontairement esthétisante où les belles idées abondent (la foule des émigrants sur le pont du navire qui s’éloigne du quai face à la foule de ceux qui restent), mais où la vie paraît absente. Nous ne sommes pas à bord du Titanic avec ses millions de dollars d’effets spéciaux, certes, mais faire à ce point l’impasse sur le spectaculaire, ne jamais montrer ce bateau qui paraît immobile, alimente exagérément la frustration du spectateur. Il est évident que c’est une option artistique délibérée puisque même l’arrivée à New York se fait par temps de brume et que, après une longue traversée éprouvante, les passagers (et le public) ne verront rien de la Terre Promise. Il est vrai que le tournage s’est déroulé à Buenos Ayres !

La deuxième moitié du récit va se dérouler durant la quarantaine à Ellis Island, poste de contrôle de l’immigration, où les arrivants subissent d’interminables questionnaires et tests évaluant leurs capacités avant d’être acceptés ou refoulés aux U.S.A. Les mariages « arrangés » sont également une des clés qui ouvrent le paradis américain : ils justifient enfin l’étrange présence d’une Anglaise (Charlotte Gainsbourg) dans ce troupeau italien, chapeautée et engoncée dans une robe 1900 depuis le départ de Sicile, qui va solliciter l’accord d’un « fiancé » occasionnel, le charmant Vincenzo Amato, méconnaissable, qui s’est fait la tête de Jean Reno pour mieux incarner un paysan sicilien illettré. On voit bien que le propos est généreux et veut épingler l’inhumaine bureaucratie qui s’acharne sur cette foule de malheureux désemparés. Mais combien tout cela est lourd, lent et démonstratif comparé à l’Immigrant de Chaplin qui délivrait le même message en moins d'une demi-heure, avec talent et grâce.