Angel

Film anglais de François Ozon
d'après le roman d'Elizabeth Taylor

Avec Romola Garai, Sam Neill, Charlotte Rampling, Lucy Russell, Michael Fassbender


Sélection 57ème Festival de Berlin


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 14-03-2007

Durée: 2h14

 

Rocokitsch

L’abondante carrière de François Ozon (un film par an depuis dix ans) désoriente le spectateur fidèle qui n’arrive pas à retrouver ses marques, tant les choix en zigzag de ce réalisateur échappent à une classification simple. Cette liberté n’est pas un défaut, c’était même la plus grande qualité de Louis Malle qui faisait de chacun de ses films un prototype. Mais dans des films aussi différents que Calcutta, le Voleur ou Lacombe Lucien, on percevait le même regard froid de moraliste qui en était le commun dénominateur. J’ai plus de difficultés à trouver celui de François Ozon, à part la piste homosexuelle qui sous-tend plus ou moins discrètement ses choix de scénarios.

Son premier film, Sitcom, parodie délirante des feuilletons de télé où une famille « normale » était engloutie par un tsunami sexuel – le Théorème de Pasolini rôdait encore dans les parages - laissait espérer qu’un cinéaste original et provocateur était né, tendance potache, certes, mais jeunesse oblige... Cet espoir s’est prolongé jusqu’à Sous le sable, mais les films qui ont suivi ont perdu peu à peu ce caractère subversif pour basculer vers un excès décoratif dont Huit femmes semblait l’aboutissement. Avec Angel, nous nageons désormais dans l’univers d’un antiquaire épaulé par le délire de la créatrice de costumes, Pascaline Chavanne, fidèle collaboratrice de François Ozon depuis ses débuts. Le parrainage ouvertement déclaré des grands mélos hollywoodiens des années cinquante cautionne ce choix assumé vers un certain mauvais goût (mauvais goût certain ?)

Angel, vaguement inspiré par la vie de Marie Corelli, romancière très célèbre sous la reine Victoria et totalement oubliée aujourd’hui, nous conte la réussite précoce d’une jeune fille dévorée du désir d’écrire et qui rencontre le succès dès son premier roman, comme Françoise Sagan naguère ou Amélie Nothomb, aujourd’hui. Sa gloire l’enrichit rapidement et lui permet toutes sortes d’excentricités dans la rigide Angleterre d’alors. Mais là où la position d’Ozon reste ambiguë, c’est qu’il met sur le compte du goût de l’héroïne l’extravagance de ses tenues et de sa résidence somptueuse, dégageant ainsi sa responsabilité esthétique de metteur en scène, de même que les extraits de l’½uvre de la romancière qu’il nous propose montre, finalement, l’étendue de son absence de talent. Cette « anti-héroïne » va s’amouracher du bel Esmé, peintre aigri parce que méconnu, et engager sa s½ur comme secrétaire. Ce trio, à la sexualité incertaine, s’installe dans la somptueuse demeure acquise par la romancière afin qu’Esmé ait un atelier digne de lui. Mais, contrairement à Angel, il s’avère que le peintre a réellement un talent novateur. Malheureusement, il ne pourra guère l’imposer car il s’engage pour la guerre de 1914 dont il reviendra estropié pour mourir peu après. Angel découvrira alors la double vie d’Esmé et finira son existence, toujours aussi excentrique et vêtue à la mode 1880 au milieu des années folles, dans la solitude de son château déserté. D’excellents interprètes incarnent les personnages de cette fantaisie désespérée, avec une mention spéciale à Romola Garai qui parvient à rendre touchante et sympathique cette fille étrange, provocatrice et souvent grotesque.