Chronique d'un scandale
Notes on a scandal

Film anglais de Richard Eyre

Avec Judi Dench, Cate Blanchett, Alice Bird


Berlin 2007 - Hors compétition


Par Simon Legré
 
Sortie le 28-02-2007

Durée: 1h32

 

Lien pervers

Enseignante en histoire dans une province anglaise désespérante, Barbara n'a pas d'amis à part son chat agonisant. Depuis des années, cette sexa psychorigide annote de façon obsessionnelle dans ses carnets les détails des journées qui meublent sa vie. Un jour de rentrée débarque Sheiba, prof d'art un rien évaporée, adolescente prolongée au regard fougère. Elle respire la vie, Barbara croupit dans un tunnel de solitude. L'une est fraîche comme de la rosée toscane, l'autre sent la soutane.

L'alliance des contraires fonctionne puisque les deux collègues engagent une franche camaraderie. Jusqu'au jour où Barbara découvre que Sheiba, fidèle à l'inconstance de son hystérie, entretient une relation sexuelle avec l'un de ses étudiants mineurs... La duègne voit là l'occasion de tenir le blond colibri dans une cage d'exclusivité sous peine de dévoiler au monde la vérité nue.
Chronique d'un scandale est une fascinante histoire de vampire. Celle d'une femme burinée par le temps, rabougrie par la solitude qui trouve l'aubaine de sa vie chez un être qui n'avait pas mesuré l'abyme existentiel dans lequel elle baignait. La malveillance n'est pas explicite chez Barabara, mais le film a une façon tout à fait saisissante d'enregistrer le processus de réification qu'elle exerce à l'encontre de sa collègue, d'abord aveugle, puis réellement captive d'une amitié en forme de sas hors du monde. Progressant par paliers dans sa dramaturgie, la film entrechoque ses héroïnes, jamais réductibles à leurs agissements. Le regard vérificateur de ce vautour magistralement incarné par Judi Dench est aussi celui blessé d'une femme qui a depuis longtemps refusé de souscrire à la simagrée des codes relationnels. Celui de Sheiba, auquel Cate Blanchett apporte une lumière bouleversante, n'est-il pas rempli de l'égoïsme de celui qui ne veut pas voir ? La très belle façon d'assumer la fiction dont fait preuve le scénario permet au réalisateur de s'attarder sur les tensions des regards où se lit cette histoire condamnée d'avance. Cette volonté de traquer le désastre en marche sur les visages en les serrant au plus près sans jamais en faire commerce donne à ce petit film bien ficelé le monopole de la bonne distance. Au sortir, on regarde l'existence d'une drôle de façon, témoin impuissant d'une certaine idée du mal.