After the Wedding

Film danois de Suzanne Bier

Avec Mads Mikkelsen, Rolf Lassgard, Sidse Babett Knudsen, Stine Fischer Christensen





Par Elise Heymes
 
Sortie le 07-03-2007

Durée: 2h

 

Pères et fille

Troisième collaboration, après Open hearts et Brothers avec le scénariste Anders Thomas Jensen, ce nouvel opus de la réalisatrice danoise Suzanne Bier explore avec brio les liens de coeur et de sang.

Jacob vit en Inde, où il s'occupe d'un orphelinat. Le cours à la fois dense et paisible de son quotidien est rompu par l'intervention d'un puissant homme d'affaires danois prêt à sauver l'orphelinat de la faillite, à la condition que Jacob se rende au Danemark afin de le rencontrer. Jacob quitte ses petits protégés, non sans réticence et se retrouve dans le bureau de Jorgen qui l'invite au mariage de sa fille Anna. Plongé dans une foule d'inconnus, Jacob y retrouve pourtant celle qui fut sa compagne autrefois, Hélène, aujourd'hui mariée à Jorgen. Ensuite éclate la vérité sur la naissance d'Anna. Nous voici voués à un formidable noeud dramatique. Jacob, lui, est forcé de s'arranger avec ce destin qui l'a rattrapé d'un bout à l'autre du monde.

De « témoin », d'invité, Jacob devient un acteur central dans un dialogue de présence, d'intentions et d'émotions avec son alter ego Jorgen. Deux hommes, deux destins que l'un d'eux a choisi de lier fermement. Où comment le riche père de famille occidental manipule la vie d'un autre (expatrié, seul mais responsable - père symbolique - de nombreux enfants) pour le bien des siens et la paix de sa propre conscience.
Entre eux, deux femmes, Hélène et Anna : deux liens. Et sous nos yeux se tissent et se défont une multitude de liens entre les quatre protagonistes, que Suzanne Bier révèle dans leurs visages, notamment par une judicieuse utilisation du très gros plan. Sa caméra fouille en effet les lignes des joues, celles du nez et des arcades sourcilières, les recoins des yeux, et plus encore la pupille, qui s'anime, cherche, se pose et s'agite à nouveau, par saccades, en quête de sens. Et quand ce ne sont pas leurs yeux qu'elle sonde, elle filme les mains qui se rapprochent et s'étreignent. Et l'on repense aux liens qui unissaient Jacob aux enfants de l'orphelinat, dont les yeux se rejoignant, s'interrogeant, et les mains se serrant, semblaient sceller des attaches en apparence indestructibles. Ils seront pourtant à l'image de la promesse que Jacob a faite à son petit protégé Pramod, à savoir qu'il serait de retour à l'orphelinat pour son anniversaire : reléguée au second plan. Sans doute parce que partant du symbolique, de l'idéal et de l'altruisme, Jacob est passé de l'autre côté, celui de Jorgen, pragmatique, réaliste et égoïste. Autant de résolutions caractéristiques des liens familiaux, quand ils ne sont pas charnels. Que sous-tend un autre « idéal » : l'amour - paternel et conjugal.

Lorsque Suzanne Bier nous révèle les raisons qui poussent Jorgen à agir ainsi, lorsque le secret est définitivement mis à jour, elle prolonge son observation minutieuse des passions humaines, n'hésitant pas à malmener son personnage. Elle le filme en effet pris dans son étau, comme une bête traquée et prise au piège, en proie à l'ultime détresse. Les visions de Jorgen se font plus insistantes : il sait que le moment tant redouté approche. Et la réalisatrice fait de nous les voyeurs d'un moment qu'elle semble voler à son personnage : les pleurs et les cris d'un homme, qui de fort, énergique, influent est réduit à l'impuissance absolue. On comprend alors sa volonté de maîtrise sur la vie des siens.

Ce drame au masculin est riche du jeu tout en nuances des deux acteurs Mads Mikkelsen et Rolf Lassgard. Et Suzanne Bier explore à raison les visages de ses quatre protagonistes : elle créé une véritable tension entre l'intérieur et l'extérieur, ce qui se dit et l'inavouable, soi et l'autre, l'intime et le social, autant de conflits qui font de ce film un remarquable portrait d'hommes d'aujourd'hui.