Jour après jour

Film français de Jean-Daniel Pollet

 
Sortie le 21-02-2007

Durée: 1h05

 

Jour après jour, avant la nuit

Cinéaste atypique, « petit frère » de la nouvelle vague, Jean-Daniel Pollet est mort avant d'avoir pu tourner ce Jour après jour qu'il avait écrit et préparé. C'est son ami Jean-Paul Fargier qui nous livre cette oeuvre posthume, sous la forme d'un essai poétique presque trop parfait.

« Jour après jour » est le programme du film, qui résulte d'une contrainte existentielle propre à Pollet à la fin de sa vie : l'immobilité. Jour après jour ou comment maîtriser l'espace et le temps d'un monde dont on n'est plus que le spectateur forcé, à défaut de le dominer par le mouvement de l'action - en s'en remettant au cinéma, ultime raison de vivre... en prenant au minimum une photo par jour et ce, tout au long d'une année et de ses quatre saisons. Partir de
ces centaines d'images fixes pour tenter d'en faire un film. Parier sur le jaillissement du mouvement grâce au travail de « conjonction, juxtaposition, succession » des photos. En un mot - que l'on voit souvent à l'écran, dans un des livres de chevet de Pollet : le montage. Tels sont les partis pris du cinéaste isolé dans sa maison, son « monde » envahi par la végétation. Autant d'arbres, de plantes et de fruits qui constituent les espaces photographiques du monde (et du film) de Pollet et qui sont travaillés par le mouvement du temps qui passe. Pollet nous offre le monde comme il le voit, autrement dit, un peu plus de lui-même, puisque, tels sont ses mots : « je suis ce que je vois ».

Ces centaines de photographies sont nécessairement liées au cheminement verbal de la pensée qu'elles suscitent et qui les a organisées : « je clic donc je pense », nous dit Pollet. Et s'il ne fait autre que « le tour de [lui]-même », il témoigne de la puissance créatrice qui rassemble l'acte de fixer (en photographiant) et celui, mouvant, de penser. Pollet dit « photographier de
la pensée, le quotidien de sa pensée ». Captivante est cette pensée strictement
cinématographique - Pollet parvient à faire du cinéma en pensant le cinéma et ses contraintes d'espace et de temps.

On peut toutefois regretter que la cohérence de cette réflexion en acte ne laisse pas de place au dérapage, à l'accident, à l'inattendu. Evénements si caractéristiques d'une pensée en quête de vérité. Celle de Pollet est comme close sur elle-même et donne plus de réponses qu'elle ne pose de questions. Elle revêt la sérénité du vieil homme, au dépens des doutes de l'expérimentateur. Or, Pollet disait qu'il ne pouvait pas prévoir ce que serait ce film. Il disait qu'il n'y a pas de début, qu'« il n'y a que du maintenant, du toujours ». Jour après jour a un
début, un développement et une fin. Tout comme la vie du cinéaste, à jamais disparu dans le noir de la nuit.