Bobby

Film américain de Emilio Estevez

Avec Harry Bellafonte, Emilio Estevez, Anthony Hopkins, Helen Hunt, Joshua Jackson, Lindsay Lohan, Sharon Stone, Demi Moore, Elijah Wood...


Sélection des festivals de Venise, de Deauville et de Toronto


Par Baptiste Jacomino
 
Sortie le 24-01-2007

Durée: 1h52

 

Les Kennedy et nous

A l’hotel Ambassador de Los Angeles, on se prépare à accueillir Robert Kennedy. Nous suivons une vingtaine de personnages pendant cette journée : clients, employés, patron de l’hotel… Des vies qui se croisent, observées dans leur quotidien. Pour une fois je peux vous dire comment ça finit. Kennedy est assassiné !

Un chef-d’œuvre de montage, réalisé par le chef monteur Richard Chew – celui de La guerre des étoiles. Une distribution exceptionnelle, parce que les acteurs ont tous accepté de jouer pour le minimum syndical – « en signe de loyauté », dit le dossier de presse (loyauté à Kennedy, à Estevez, à leur syndicat ?) Un film rapide. La caméra bouge perpétuellement. Le film en garde une allure de documentaire. On pense à ces reportages de Zone interdite ou de Capital sur les hotels de luxe, où on voit la femme de ménage, le client riche, le pauvre, la cuisinier… en moins glauque, en mieux filmé. Toutes les scène minuscules, portées par les acteurs exceptionnels, sont des merveilles de rythme, de densité.

Mais le film ne parvient par pourtant à convaincre tout à fait. Comment peut-on proposer un éloge aussi univoque de Robert Kennedy et de son message, une peinture aussi lisse et mièvre de cette époque ? Après American tabloïd de James Ellroy, par exemple. Il y a quelque chose qui sonne faux dans ce film, dans cette bonne conscience du Hollywood démocrate, dans le discours, proposé à la fin du film, de Robert Kennedy sur la violence. Nous restons à la surface de l’époque, victimes de son charme sucré, facile, propret. Les discours, malgré leur élan, sont vides, débordants de bons sentiments vagues. Les émotions des personnages sont d’une banalité troublante. Une impression de factice en découle, peut-être voulue par Estevez, pour parler de cette déjà grande époque de la communication politique, de la grande consommation, de l’apparence… Que nous restions à ce point fascinés par cette période, sur laquelle on ne cesse de revenir, mériterait sans doute quelque réflexion…