La merveilleuse odyssée de l'idiot Toboggan

Film français de Vincent Ravalec

Avec Elodie Bouchez, Marianne Denicourt, Artus de Penguern, Antoine Chappey...





Par Henri Lanoë
 

Durée: 1h18

 

La merveilleuse Odyssée de l’idiot Toboggan ", encore un nouvel objet culturellement exceptionnel !

Ce titre énigmatique réunit une série de courts sujets, comme un recueil de nouvelles, reliés par un traitement photographique monochrome assez glauque, et soutenus par un discours qu’on pourrait définir comme : " Je ne pense qu’à ÇA ! ", ÇA désignant le Sexe… et la Mort.

Vincent Ravalec n’esquive pas la provocation : il plonge dedans, mais il le fait avec une telle sincérité qu’on ne peut douter de la profondeur de ses angoisses.

Les " sketches " vont d’une hilarante ouverture, avec Elodie Bouchez faisant une petite gâterie au keatonien Artus de Penguern, à une visite cauchemar du métro parisien, en passant par le musée Dupuytren, la jalousie d’une bande de beaufs devant les prouesses sexuelles d’un copain noir, une fabrique d’objets pour sex-shops, les étranges ébats de Marianne Denicourt avec son copain, et l’activité d’un abattoir industriel qui fait passer " le Sang des Bêtes ", de George Franju, pour une visite de jardin d’enfants.

Le film bascule en permanence de la grasse plaisanterie de chambrée à l’envolée lyrique et véhémente d’un homme écorché vif, comme les animaux aux doux yeux, torturés et égorgés dans des machines inimaginables. Comment éviter de penser aux ingénieurs qui inventent ces guillotines industrielles, entre deux week-ends aux sports d’hiver, aux ouvriers qui les fabriquent durant les 35 heures et aux bouchers placides qui les utilisent, walkman aux oreilles (Mozart ? N.T.M. ?), en attendant de retrouver la famille, le soir, pour rire aux facéties de Patrick Sébastien (une partie du public ne supporte pas la cruauté de cette séquence et quitte la salle de projection. Les végétariens ont gagné quelques recrues).

De même, mais c’est moins tragique, comment ne pas imaginer le concepteur d’un nouveau godemiché ou d’une nouvelle poupée gonflable, présentant les avantages de son projet, un lundi matin, devant la Direction de l’usine qui fournit en accessoires les sex-shop ? Ces centaines de phallus caoutchoutés répandus dans les ateliers ont l’évidente capacité de supprimer ce pour quoi ils sont fabriqués : le fantasme érotique.

Vincent Ravalec jongle habilement avec ces contradictions de la société humaine, sans chercher à faciliter l’adhésion du spectateur, bousculé par ce pamphlet où alternent humour et violence. Mais l’impression dominante que laisse ce film, dont on ne sort pas indemne, c’est qu’un authentique auteur vient d’apparaître avec lequel il faudra désormais compter.