L'incroyable destin de Harold Crick
Stranger than Fiction

Film américain de Marc Forster

Avec Will Ferrell, Maggie Gyllenhaal, Dustin Hoffman, Emma Thompson, Queen Latifah





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 10-01-2007

Durée: 1h45

 

Réelle fiction

Marc Forster, après l’intéressant Neverland qui nous proposait une biographie imaginaire de J.M. Barrie, auteur de Peter Pan, ne quitte pas l’univers de la création littéraire avec Stranger than Fiction (platement traduit par L’incroyable destin de Harold Crick). Ce scénario inventif est le premier long métrage écrit par Zach Helm et il rappelle, par son insolite postulat, les meilleures histoires tournées par René Clair aux Etats-Unis comme Ma femme est une sorcière ou C’est arrivé demain.

Harold Crick, inspecteur des impôts terne et psychotique - il comptabilise tous ses gestes quotidiens et le nombre de pas de ses déplacements - entend soudain une voix de femme décrire son comportement à mesure qu’il se déroule. Ce harcèlement sonore devient vite insupportable et il consulte psys et autres spécialistes, sans résultat. Cette voix est, en fait, celle de la fameuse Karen Eiffel, romancière à succès, en train d’écrire un livre dont Harold est le personnage, (ce qu’il ignore évidemment de même qu’elle ignore l’existence d’un Harold réel). L’incroyable ressemblance de Will Ferrell avec Georges W. Bush ne fait que renforcer l’étrangeté de cette histoire qui pourrait aussi, à la limite, raconter les fantasmes d’un Président qui se prendrait pour un inspecteur des impôts ! Du croisement du réel et de la fiction naissent toutes les situations de ce scénario délirant qui ne cherche jamais à fournir une clé logique à l’absurdité du propos. Malheureusement, après un point de départ aussi fort, l’histoire a du mal à trouver une chute satisfaisante et on reste malgré tout sur sa faim.

Marc Forster précise qu’il a cherché à rendre hommage à l’univers graphique de Jacques Tati et que les décors de Playtime l’ont beaucoup influencé pour situer son histoire dans une ville imaginaire, en l’occurrence des quartiers de Chicago. Une brillante distribution incarne les personnages de ce conte philosophique farfelu. Dommage, cependant, que la talentueuse Emma Thompson ait tendance à « charger » un peu trop son rôle de romancière tabagique en panne d’inspiration.