FUR : Portrait imaginaire de Diane Arbus
FUR : an imaginary portrait of Diane Arbus

Film américain de Steven Shainberg

Avec Nicole Kidman, Robert Downey Jr, Ty Burrell, Harris Yulin, Jane Alexander





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 10-01-2007

Durée: 2h

 

L'homme à poils


La Secrétaire, précédent film de Steven Shainberg nous détaillait la relation sado-masochiste qui s’établissait progressivement entre un avocat falot (James Spader) et sa nouvelle employée (Maggie Gyllenhaal) sortant d’une cure en hôpital psychiatrique. On ne savait pas qui dominait réellement l’autre, mais il était certain qu’une relation amoureuse authentique reliait à la longue ces deux étranges personnes.

FUR, portrait imaginaire de Diane Arbus confirme le goût de ce réalisateur pour les histoires non conventionnelles. Ancienne assistante de son mari, le photographe Allan Arbus, Diane devint célèbre dans les années soixante en prenant pour sujets les portrait d’individus hors normes : nains, vieux aveugles, s½urs siamoises, géants, nudistes sexagénaires qu’elle photographiait en noir et blanc, format 6x6. Dépressive, elle se donna la mort en 1971. Séduit par cette trajectoire, Steven Shainberg s’est inspiré du livre de Patricia Bosworth pour nous proposer cette biographie imaginaire et fantastique de cette artiste new-yorkaise. Son projet, soutenu par une Nicole Kidman de plus en plus diaphane et gracekellyenne, amène ce personnage borderline de mère de famille proprette et timide vers un délire total qui va envahir progressivement son esprit.

Tout commence lorsque qu’un nouveau voisin portant un masque emménage dans l’immeuble. Intriguée, Diane n’a de cesse de percer le mystère qui entoure ce personnage solitaire et découvre qu’il est couvert de poils, comme Jean Marais dans La Belle et la Bête. Fille d’un célèbre fourreur new-yorkais, Diane sait apprécier cette toison et une étrange complicité s’installe entre les deux voisins tandis que sa vie de famille commence à se lézarder. Le locataire velu fréquente particulièrement les monstres et son appartement est visité par la femme sans bras, les s½urs siamoises, des nains, un géant, recréant l’univers fantastique de Freaks de Tom Browning (1932). Réalité ? Visions oniriques ? C’est là que résident l’« imaginaire » du portrait proposé et les origines de l’univers que photographiera désormais Diane Arbus. Il est dommage que le film ne nous propose aucune image de son ½uvre afin d’aider le spectateur à mieux la situer. Imagine-t-on une biographie, même imaginaire, d’Elvis Presley sans ses chansons ?

On peut aussi regretter que le voisin poilu, en se rasant, découvre le fade visage de Robert Downey Jr qui était bien plus émouvant lorsqu’on ne voyait que ses yeux tristes en imaginant le reste. On comprend qu’il devait être trop frustrant pour l’acteur d’être masqué jusqu’à la conclusion de cet étrange récit, mais les Singes de la Planète ou John Hurt dans Elephant man avaient consenti ce sacrifice. Ce léger détail n’empêche pas le film d'être assez fascinant malgré une sophistication un peu lourde.