Le Petit Peintre du Rajasthan

Film indien de Rajkumar Bhan

Avec Sulabha Deshpande, Omkar Lele, Nandu Madhav, Seetharam Panchal, Maithili Zaokar, Ram Kapoor





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 10-01-2007

Durée: 1h28

 

L'enfance de l'art

Les plus importants producteurs de films, hormis les U.S.A., sont l’Egypte et l’Inde. Cette dernière produit 1000 films par an, le double des Etats-Unis. On ne peut pas dire qu’ils envahissent nos écrans et, pratiquement, seuls Youssef Chahine au Caire ou Satyajit Ray à Bombay nous ont été révélés grâce aux festivals internationaux. Aujourd’hui, on connaît la réputation des grandes comédies musicales sophistiquées qui durent trois heures et sont produites par Bollywood, même sans en avoir vu aucune. Comme on a peu l’occasion d’apprécier la production indienne indépendante, les amateurs de curiosités seront satisfaits de découvrir ce Petit peintre qui nous décrit la vie quotidienne d’une famille et à quoi peut ressembler son appartement. Le mari, cadre moyen, noue sa cravate, prend son attaché-case et part travailler tous les jours à Bombay éloignée de 70 km, migration quotidienne de milliers d’employés. Une proposition de promotion avantageuse l’oblige à aller en Angleterre quelques jours. Comme sa femme travaille également, le couple confie leur jeune fils à sa grand-mère qui réside dans une sorte de village musée, genre Sarlat, situé dans le désert du Rajasthan.

Le gamin, vêtu à l’américaine et habitué au vacarme de la grande ville, découvre le charme de la campagne et la beauté des palais ornés de peintures exécutées par son grand-père, mort désormais. Il abandonne ses tenues sportives pour des vêtements indiens traditionnels et, doué pour le dessin, commence à travailler sous le contrôle d’un peintre local qui a succédé au grand-père sans en avoir le talent. Lorsque le père revient chercher son fils, il est effondré par l’évolution de celui-ci alors qu’il rêvait pour lui d’un avenir de cadre moyen dans une Inde moderne…

L’intérêt de cette histoire réside dans la description des mentalités affrontant l’immense mutation qui secoue ce pays de traditions millénaires (qui laissent des traces dans le traitement, parfois naïf, d’un scénario faisant beaucoup appel à la prémonition, aux rêves et aux cauchemars qui peuplent l’esprit de ce jeune garçon tiraillé par des influences antagonistes). Rajkumar Bhan, dont c’est le premier long métrage, abuse aussi des poursuites cache-cache entre les divers personnages qui se cherchent dans les beaux décors de ce village. Mais cette écriture, inhabituelle dans nos cinémas occidentaux, fait peut-être la valeur de cet exotisme authentique.