Le grand appartement

Film français de Pascal Thomas

Avec Mathieu Amalric, Laetitia Casta, Pierre Arditi, Carmen Durand, Gisèle Casadesus, Noemie Lvovsky





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 27-12-2006

Durée: 1h43

 

Le Dilettante

La carrière en dents de scie de Pascal Thomas, fréquente dans cette profession où la sécurité n’est pas le caractère dominant de l’emploi, doit également beaucoup au dilettantisme de ce réalisateur qui butine selon l’humeur (ou les besoins). Ce n’est pas un jugement péjoratif : s’adonner à une activité pour le plaisir n’est pas un défaut condamnable. Presque tous ses films sont des comédies de caractères sur les relations familiales, amicales ou amoureuses, baignant dans un milieu social précis, français et souvent provincial. Le Grand Appartement ne fait pas exception à cette tradition.

Ce film joyeux, ancré en plein Paris, relate les démêlés avec les propriétaires - qui voudraient récupérer leur bien - d’une petite famille bohême qui vit dans 300 m2. Protégés par une loi de 1948 maintenant les loyers à un taux dérisoire, Francesca et Martin se démènent pour rester dans ces lieux avantageux. A vrai dire, c’est surtout Francesca qui livre un combat acharné car Martin, historien de cinéma qui s’occupe également de post-synchro, se décharge lâchement de cette corvée et préfère filer à Florence pour parler dans un festival que d’affronter les propriétaires au Tribunal. Francesca n’est guère plus aidée par Adrien, ancien réalisateur mythomane, qui a élu domicile chez eux depuis des années et se révèle un pique-assiette de première catégorie. Vivent également sous ce toit la fille de la maison et ses copines, une grand’mère qui commence à dérailler et les diverses maîtresses d’Adrien qui se succèdent au gré de ses goûts alimentaires…

Toute cette histoire repose sur d'évidentes situations autobiographiques et il est intéressant de constater que Pascal Thomas ne fait pas de Martin - son double à l’écran - un héros vraiment sympathique : il est veule, menteur, sans grande ambition, trop heureux d’être le jouet consentant de rencontres amoureuses fortuites. Le cinéma serait-il la forme moderne du confessionnal ? Le vieil ami incrusté dans les lieux, réalisateur qui ne réalise plus, n’est guère mieux traité : goujat, sans-gêne et lubrique, il tente parfois de donner le change sur son talent oublié en filmant avec une Paillard 16mm un french-cancan improbable dans l’appartement qu’il a investi. Les hommes étant ainsi épinglés, restent les femmes, seuls personnages positifs et toniques de ce conte : Francesca, sa fille et les grands-mères sauveront ce phalanstère en péril par leurs actives initiatives. Tous ces personnages farfelus semblent sortir d’une comédie de Frank Capra, avec Laetitia Casta dans un rôle pour James Stewart, parité oblige. Par contre, quand il veut transformer cette joyeuse bande de zozos devenus bobos, parasites asociaux accrochés à leurs avantages acquis (être logés à l’½il !), en symbole du prolétariat luttant contre l’immonde capitalisme, Pascal Thomas pousse tout de même le bouchon un peu loin. Dommage, aussi, que ses ciseaux paresseux laissent souvent traîner un quart d’heure de trop dans ses films. C’est vrai qu’il est difficile de couper dans les home movies

Mais les acteurs de cette fable sont, comme d’habitude, excellents. Mathieu Amalric campe une tête à claque avec délices, Pierre Arditi incarne le réalisateur has been en virtuose et la charmante Laetitia Casta prouve définitivement qu’elle est devenue une vraie comédienne.