Hors de Prix

Film français de Pierre Salvadori

Avec Audrey Tautou, Marie-Christine Adam, Annelise Hesme, Gad Elmaleh, Vernon Dobtcheff, Jacques Spîesser





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 13-12-2006

Durée: 1h43

 

Lubitsch or not Lubitsch ?

Bizarre impression, souvent ressentie, de voir combien les intentions d’un réalisateur clairement exprimées sur le papier ne se retrouvent pas totalement sur l’écran. C’est le cas de Hors de Prix : le quiproquo du point de départ est astucieux, le développement des situations correspond aux traditions du « cahier des charges », les comédiens font ce qu’ils croient devoir faire pour faire rire, mais le parrainage désiré de Lubitsch n’est guère au rendez-vous malgré tous ces efforts.

Sur un schéma très voisin (un couple formé par hasard, l’escroquerie comme moyen d’existence, la Côte d’Azur et les gogos), il me semble que Christian Vincent a rendu une meilleure copie avec Quatre Etoiles. J’ai du mal à situer les raisons de cette déception, d’autant plus que j’ai apprécié la plupart des précédentes tentatives de Pierre Salvadori qui chantaient une petite musique originale et personnelle sans invoquer les grands ancêtres de la comédie filmée.

Le malaise viendrait-il des personnages qui ne sont guère sympathiques ? Le comportement de cette héroïne qui se vend à des vieux messieurs tout en ruinant un barman naïf et amoureux (qui se transforme lui-même en gigolo pour dame âgée) entraîne peu l’adhésion et encore moins le rire. Toutes les péripéties de cette histoire cynique se déroulent, de plus, dans ce milieu jet set de vieux oisifs fortunés, alcooliques et dépourvus de séduction qui hante les palaces de la Côte d’Azur et ne constitue pas une mine de personnages réellement comiques. C’est pourtant avec ces mêmes éléments que Lubitsch a réussi certaines de ses plus fameuses comédies. Mystères de l’alchimie…

A moins que, tout simplement, Hors de Prix ne soit pas vraiment une comédie mais le portrait acide d’une société dépourvue de générosité où tout s’achète, y compris l’amour. Sous un tel éclairage, les rieurs risquent de commettre un contresens sur les intentions réelles du réalisateur. N’ayant pas de réponse précise sur cette ambiguïté, je suggère d’aller voir le film pour forger sa propre opinion et découvrir, surtout, une remarquable actrice dans le rôle délicat d’une dame quinquagénaire entichée d’un jeune homme : Marie-Christine Adam.

Quant aux fans de Gad Elmaleh et d’Audrey Tautou, ils ne devraient pas être déçus.