A.I. Intelligence artificielle

Film américain de Steven Spielberg

 
Sortie le 12-12-2001

 

A. I. ou comment le choc Kubrick/Spielberg tombe à l'eau

Quoi de plus attendu que la rencontre entre le génie visionnaire Stanley Kubrick et le non moins talentueux Steven Spielberg ! Trente-trois ans après 2001, l’Odyssée de l’espace (chef-d’oeuvre parmi les chefs-d’œuvre, soit dit en passant), on peut dire que le projet sur l’intelligence artificielle selon Kubrick nous mettait sérieusement l’eau à la bouche !

D’autant que le cinéaste regretté y avait travaillé pendant plus de vingt ans, et c’est en voyant les effets spéciaux de Jurassik Park en 1993 et en repensant à E.T. qu’il décida de confier la réalisation à Spielberg, trouvant le concept plus adapté à la sensibilité de son ami. La déception est donc d’autant plus grande. Le film raconte (ou plutôt conte) l’histoire de David, le premier enfant-robot programmé pour aimer. Il a été offert à un couple pour remplacer leur fils naturel, Martin, atteint d’une maladie grave. Mais lorsque celui-ci est miraculeusement rétabli après cinq ans de cryogénisation, David est brutalement rejeté par sa " mère " qui ne peut plus le garder et l’abandonne dans la forêt. S’ensuit alors le voyage initiatique de l’enfant-robot à travers sa découverte du monde réel (comme l’extermination des robots à la Flesh Fair) et sa recherche désespérée de la Fée bleue qui lui permettra de devenir un vrai petit garçon et ainsi de se faire aimer en retour par sa mère.

La première partie du film montre magnifiquement l’attachement progressif de la mère à l’enfant, dont elle décide d’activer le programme irréversible qui le lie définitivement à elle. Spielberg décrit alors avec brio l’évolution des relations entre les deux personnages : la mère, troublée par les émotions dégagées par le petit et celui-ci, assoiffé d’amour maternel. Le retour inattendu de Martin va provoquer un bouleversement considérable au sein du foyer familial et pousser la mère à abandonner David : scène déchirante, superbe, cruelle et violente, dans laquelle l’androïde comprend qu’il ne parviendra pas à se faire aimer par sa mère, aussi réel qu’il puisse paraître. Le cinéaste place alors le premier échelon de la réflexion sur la nature humaine et l’intelligence artificielle en posant une des questions du film : peut-on éprouver des sentiments pour un être fait de métal, de puces électriques et, qui plus est, programmé pour aimer ?

Mais, malheureusement, Spielberg, dans la suite du film, s’écarte de ses bonnes intentions initiales pour basculer dans le grand spectacle, le merveilleux, en lâchant en route son sujet. Au lieu de développer à fond l’idée principale, le réalisateur n’en garde que la trame pour laisser place à un conte philosophique et mélodramatique qui nous laisse souvent perplexe. On sent que Spielberg ne cerne pas bien l’histoire qu’il raconte, en voulant tout expliciter (surtout sur la fin, la voix-off explicative et inutile qui casse l’émotion), au lieu de laisser planer un certain mystère (comme l’aurait probablement fait Kubrick). Les clins d’œil au défunt réalisateur ne manquent pas surtout dans les décors de Rouge City qui rappellent le milk-bar érotique d’Orange mécanique.

Mais en voulant trop se démarquer, Spielberg nous plonge dans un univers qui n’est ni celui de son confrère ni le sien. Malgré un début prometteur et Haley Joel Osment qui confirme son prodigieux talent, le film déçoit donc par la façon dont Spielberg ramène la question de l’intelligence artificielle à la relation entre l’enfant-robot et sa "mère". Dommage pour un film qui s’annonçait comme un prolongement métaphysique à 2001 !