La faute à Fidel

Film français de Julie Gavras

Avec Nina Kervel, Julie Depardieu, Stefano Accorsi, Benjamin Feuillet, Martine Chevallier, Olivier Perrier, Marie Kremer, Raphaël Personnaz


Prix du Premier Film Deauville 2006


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 29-11-2006

Durée: 1h39

 

Ipibitnik

Pour son premier film, Julie Gavras a réussi son exploration de l’univers des enfants face à celui des « grandes personnes » sans l’habituelle mièvrerie qui caractérise souvent ce genre d’entreprise délicate. Nous sommes en 1970 et Anna, 9 ans, vit dans un douillet confort bourgeois, va à l’école religieuse et passe ses vacances chez les grands-parents maternels qui habitent un château dans le Bordelais. La mère écrit de vagues articles dans un journal féminin et le père, avocat, est un émigré espagnol antifranquiste, quoique issu d’une vieille famille noble. Dans cette confortable aisance, la vie coule heureuse pour Anna qui rêve de mariages et de princesses…

La mort d’un oncle en Espagne, l’élection d’Allende au Chili et l’extension du Mouvement de la Cause des Femmes vont faire basculer ce couple dans un militantisme actif qui va faire exploser le cocon familial et révolter la petite Anna qui perd tous ses repères. Elle ne supporte plus les absences de ses parents qui la confient à des nounous successives venues du tiers monde pour lui préparer une cuisine immangeable. Elle déteste l’invasion de l’appartement par des barbus qui empestent la pièce avec leurs cigarillos, se demande qui sont ces jeunes femmes qui se succèdent pour faire des confidences incompréhensibles à sa mère qui les enregistre, redoute les manifs où les parents la traînent pour éduquer son altruisme… Le pire, c’est que papa qui avait consenti à la laisser chez les bonnes s½urs lui interdit désormais d’aller au catéchisme. Elle ne retrouve un peu de bonheur, heureusement, que chez les grands-parents bordelais qui lui expliquent posément que "les communistes sont tous des voleurs".

Ce scénario (inspiré de Tutta Colpa di Fidel de Domitilla Calamai) a d’évidents reflets autobiographiques et c’est cette sincérité qui le rend attachant. Posant un regard d’adulte sur ces évènements de son enfance, Julie Gavras nous fait partager la détresse d’Anna devant le comportement obscur de ces adultes qui parlent, avec des mots qu’elle ne connaît pas, de problèmes qu’elle ne comprend pas. Et les mystères de la sexualité naissante s’ajoutent aux énigmes politiques. L’atout principal de cette histoire réside dans le refus de sombrer dans un manichéisme militant et dans le regard tolérant que pose Julie Gavras sur tous ses personnages : ces parents hippy-beatniks imprévisibles et absents l’emporteront-ils sur le confort affectueux des grands-parents réac ? Un joli plan final tente de répondre à cette interrogation.

Julie Depardieu et Stefano Accorsi incarnent parfaitement le couple de cette histoire pleine de tendresse où l’on peut découvrir l’étonnante maturité de la jeune Nina Kervel, butée et pugnace, et se réjouir des interventions affamées de son petit frère, Benjamin Feuillet.