Borat

Film américain de

Avec Sacha Baron Cohen, Ken Davitian





Par Anaïs Jurkiewicz-Renevier
 
Sortie le 15-11-2006

Durée: 1h30

 

Leçon cul-turelles

Borat, reporter kazakh est envoyé aux Etats-Unis pour tourner un documentaire sur le mode de vie de ce pays « modèle ». Ce guignol à l’humour douteux y rencontrera des caricatures d’Américains. De la bouffonnerie grotesque à l’horizon ?

Signalons dans un premier temps que ce « documentaire » est aussi fictif que le personnage de Borat (créé et interprété par l’humoriste Sacha Baron Cohen). Du moins, en grande partie. Si la production tente de faire croire que « certaines images » sont réelles, filmées en caméra cachée, nous ne sommes pas vraiment dupes. Et nous ne le sommes pas non plus quant aux rumeurs qui circulent au sujet de la productrice exécutive : elle aurait passé une nuit en prison lors du tournage aux Etats-Unis. Soit. Cela n’est ni plus ni moins qu’un bon coup de publicité, presque malhonnête, destiné aux naïfs, voire aux critiques en quête de « politiquement incorrect ».

Politiquement incorrect, Borat ? Mais à quel niveau ? Au premier, celui de ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, c’est-à-dire que Baron Cohen ridiculiserait les pauvres kazakhs ? - au point de faire réagir le président du Kazakhstan, encore un coup de pub ? Au deuxième, le niveau le plus accessible : Baron Cohen ridiculiserait les Américains, ces nuls, ceux qui aiment la guerre en Irak et détestent les tziganes, en somme ces clichés qu’on nous sert continuellement sur des plateaux d’or pour alimenter notre anti-américanisme mesquin ? Au troisième, déjà plus réfléchi : Baron Cohen utiliserait le rire pour nous faire nous rendre compte du ridicule de nos préjugés : juifs, homos, femmes, tout le monde en prend pour son grade, mais finalement ce n’est que pour mieux nous faire réfléchir à l’antisémitisme, l’homophobie, le machisme… Au quatrième niveau ? Il n’y a pas de quatrième niveau. Il n’y a même pas de dénonciation, sinon la stupidité des situations dans lequel le film s’enlise. Le niveau le plus élevé de réflexion que peut nous faire atteindre Borat s’arrête donc au troisième. Le rire comme moyen d’accès à une certaine réflexion, sur un certain niveau de préjugé…

Mais qui rit vraiment de bon coeur ? L’Américain « moyen », que l’on peut aisément estimer d’un niveau supérieur à celui que Baron Cohen dépeint, doit se délecter de ce genre de portrait, mais il semblerait que le film ait quelques difficultés à passer les frontières. Ici, en France, la pilule a du mal à passer, (sauf pour certains qui l’avalent sans problèmes mais font les frais des effets secondaires en encensant ce film « radical », « phénoménal », et j’en passe) et ce n’est pas qu’une question de bon goût. Certes, les blagues salaces, les scènes grotesques n’arrangent rien, il semblerait qu’il faille dépasser une bonne dizaine de degrés d’humour pour pouvoir rire, ce qui serait paradoxal si l’on veut garder un minimum d’intégrité pour prendre conscience du troisième niveau de réflexion. D’ailleurs, à force de blagues grasses on en oublie où le film veut en venir. D’ailleurs, veut-il vraiment en venir à quelque chose, si ce n’est à un bon paquet dollars ?

Ce film enfin de compte plaira également aux anti-Américains convaincus que la vraie Amérique est celle que l’on montre dans ce film. Et dans le meilleur des cas, il fera hurler de rire toute une génération de 13-16 ans en quête d’humour trash, cela pour le plus grand bonheur des producteurs. Mais il est difficile de croire que la réussite du film dépassera ce stade,quoi qu'en disent les nombreuses critiques positives.