Fast Food Nation

Film américain de Richard Linklater

Avec Greg Kinnear, Catalina Sandreo Moreno, Ashley Johnson, Wilmer Valderrama, Ethan Hawke, Bruce Willis, Kris Kristofferson, Patricia Arquette, Ana Claudia Talancon, Bobby Cannavale


Sélection Cannes Officielle 2006


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 22-11-2006

Durée: 1h34

 

Pas facile de scénariser la malbouffe, surtout lorsqu’on est originaire du pays dont elle est issue et que, culturellement, Coca et Mc Do sont les deux mamelles de l’alimentation locale. Mais impossible n’est pas américain et, après Super Size Me de Morgan Spurlock, voici une nouvelle attaque contre la civilisation du fast food menée de l’intérieur par Richard Linklater qui a abandonné le romantisme parisien de Before Sunset pour faire cette comédie militante. Si on complète ce club contestataire avec Mondovino, Thank you for smoking et les pamphlets de Michael Moore, on constate avec soulagement que le cinéma américain ne se consacre pas exclusivement aux effets spéciaux de Lara Croft et de Matrix et continue d’affronter des problèmes que les cinéastes français évitent généralement.

L’efficace exposition de Fast Food Nation est structurée par deux actions parallèles, apparemment sans rapport, qui décrivent la difficile immigration clandestine de Mexicains à la frontière texane alternant avec l’inquiétude des patrons d’une chaîne de fast food qui découvrent que, selon une enquête, il y aurait de la m… dans la viande hachée de leur fameux Big One. Tandis que les clandestins se répandent discrètement aux U.S.A. (et finissent par trouver un emploi aux abattoirs qui fournissent la viande suspecte), un des cadres de la société est missionné pour vérifier sur place l’authenticité de la rumeur. Il est progressivement édifié et comprend qu’il est techniquement impossible d’empêcher l’introduction des excréments dans la viande surgelée. Il affronte désormais un dilemme entre son honnêteté et la perte de son job. Si le film s’arrêtait là, ce serait un petit chef d’œuvre d’efficacité caustique.

Hélas, le scénario s’embourbe peu à peu dans des épisodes mélodramatiques sur le harcèlement des immigrées aux prises avec un contremaître obsédé sexuel ou sur la jambe arrachée d’un des ouvriers (cannibalisme involontaire pour les consommateurs du Big One ?), sans oublier une escouade caricaturale d’étudiants écolos qui donnent envie d’écrire dans la marge d’un script si bien commencé : hors sujet. Heureusement, l’épilogue retrouve un peu de la verve satirique du début puisque notre cadre choisit de rester finalement dans la société et de présenter une idée de campagne pour le nouveau hamburger définitivement composé de viande merdique. Comme fin cynique, on peut difficilement faire mieux : nous sommes loin d’Erin Brokovitch et de l’héroïque victoire du pot de terre sur le capitalisme de fer.

Enfin, n’oublions pas de mentionner que la société qui livre la viande pourrie aux fabricants de hamburgers s’appelle l’U.M.P., ce qui rajoute un humour imprévu aux sous-titres français.