Le Dahlia noir
The Black Dahlia

Film américain de Brian De Palma

Avec Josh Hartnett, Scarlett Johansson, Aaron Eckhart, Hilary Swank





Par Baptiste Jacomino
 

Durée: 2h

 

Coeur de ténèbres

Ce film témoigne de la rencontre entre l’esprit noir, acéré et vertigineux de James Ellroy, et le perfectionnisme esthétisant de Brian de Palma. Le réalisateur avait déjà manifesté, dans son interprétation de Scarface (ainsi que dans son beau Phantom of the Paradise), un goût pour la «provocation cinématographique» - le mot est de Scorsese. C’est bien encore une provocation que ce Dahlia noir, avec ses plans sanglants, ses cauchemars terrifiants, ses visions traumatiques.

On a dit que le roman d’Ellroy était plus noir encore, que Palma l’avait assagi. Heureusement! Une adaptation cinématographique stricte d’un roman d’Ellroy serait quelque chose de tout à fait insupportable. Palma s’éloigne aussi du roman par le style. Aux petites phrases nominales, sèches, argotiques, apparemment désordonnées d’Ellroy, succède une suite de scènes très structurées, une suite de plans impeccablement construits, parfaits. Dans une de ces scènes à la chorégraphie soignée, Palma s’amuse à faire référence à la belle scène de l’escalier des Incorruptibles, elle-même inspirée d’Eisenstein. On retrouve, dans Dahlia noir, une scène à la fois même et autre, où l’escalier est monté au lieu d’être descendu, mais toujours au ralenti, et toujours avec le même suspense.

Une question mérite enfin d’être posée au sujet de ce film. S’agit-il d’un film noir, au sens où Le Grand Sommeil, Le Faucon Maltais ou Les Passagers de la nuit sont des films noirs ? Je ne crois pas. D’ailleurs, les références cinématographiques présentes dans le film ne nous conduisent pas dans cette direction – ou, du moins, pas seulement. Ce film est aussi l’héritier de quelque chose de plus ancien que le film noir des années cinquante. Il est un film fantastique, un film d’horreur. Il semble, comme Phantom of the Paradise, descendre de cette veine fantastique ancienne, dont notre Gaston Leroux national est un des plus grands représentants. On retrouve certes dans Le Dahlia Noir la fumée de cigarette, le flic à la morale douteuse, les nymphettes mystérieuses et vénéneuses des romans d’Hammett et de Chandler. Mais cet univers est, au cours du film, dépassé, pour atteindre quelque chose de plus étrange et de plus fascinant.