Je m'appelle Elisabeth

Film français de Jean-Pierre Améris
D'après le roman d'Anne Wiazemsky

Avec Alba-Gaïa Kraghede Bellugi, Benjamin Ramon, Maria de Medeiros, Stéphane Freiss, Yolande Moreau





Par Esther Castagné
 
Sortie le 15-11-2006

Durée: 1h30

 

Union de deux solitudes

Betty est triste que sa soeur parte en pension et l'abandonne dans leur grande villa, séparée de l'asile dont son père est directeur par une simple clôture. Elle n'a jamais été seule et va en souffrir d'autant plus qu'elle voit ses parents se déchirer et sa mère quitter le foyer familial pour un autre homme. Alors quand un fou s'échappe de l'hôpital de son père et qu'elle le découvre, Betty s'empresse de le cacher, et de le protéger. Il devient son ami, le seul, le vrai.

Améris raconte cette histoire bouleversante à travers les yeux de la petite-fille qui deviendra grande, de Betty qui est en train de devenir Elisabeth. Adapté du roman d'Anne Wiazemsky qui s'est elle-même inspirée d'une histoire advenue à une de ses amies, ce film nous emmène dans l'univers enfantin de Betty, peuplé de fantômes, de peurs irrationnelles, de grands amours et de chagrins. Betty est innocente, elle croit ce qu'on lui dit et certains en profitent, mais à côté de ça, elle n'est pas bête, elle comprend ce qui se trame entre ses parents ou la solitude d'Yvon.
En fait, elle comprend tout ce qu'elle peut ressentir, tout ce qui s'imprime en elle à travers une sensation, une émotion ou un sentiment. Ce sont les affects qui la guident et non la réflexion. Et c'est en cela que le film d'Améris est une réussite. Dans la mesure où il se place constamment à hauteur de cette petite fille, à son niveau.
Les adultes deviennent des étrangers, des "autres" tandis que les enfants, sorte de doubles, de frères plus ou moins cruels, sont "mêmes", tout comme les fous qui possèdent cette même innocence, cette naïveté qui les rend fragiles et inadaptés au monde dans lequel ils vivent. L'espace du film il nous faut nous remettre à hauteur d'enfant pour vivre cette expérience initiatique et bucolique.