Hamaca Paraguaya

Film paraguayen de Paz Encina
Film paraguayen

Avec Ramon Del Rio, Georgina Genes


Sélection officielle Un Certain Regard Cannes 2006


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 15-11-2006

Durée: 1h18

 

En attendant Maxímo

Présenté cette année à Cannes dans le cadre de la compétition Un Certain Regard, Hamaca Paraguaya est le premier long métrage de Paz Encina, réalisatrice paraguayenne de 35 ans. Un film sur son pays, son peuple et son histoire. Une oeuvre magnifique sur l’attente d’un fils parti à la guerre.

Film-événement au Paraguay, dont la réalisatrice regrette l’absence de tradition cinématographique, Hamaca Paraguaya réunit à sa façon l’attente beckettienne et le travail de mémoire durassien. Le long plan-séquence qui ouvre et scande le film s’offre comme une véritable scène de théâtre : nous sommes là, spectateurs, et tentons d’identifier au loin, au fond de cette large scène tapissée de feuilles mortes, le visage de deux vieillards bien bavards qui se dérobe. Blottis dans un hamac, deux paysans attendent désespérément, leur fils, la pluie, la nuit.

Comme chez Beckett, les personnages attendent, commentent leur attente, et c’est cette parole sur l’attente qui définit l’espace-temps dramatique. L’attente, ce sont de longs plans fixes, et des paroles entrecoupées de silences qui tentent de tuer le temps. Parler pour ne pas mourir d’ennui ; parler aussi pour dire la mort, et par là même la conjurer. Parler, c’est plus que se contenter d’être là ; c’est tenter de rester maître de son destin face à l’impuissance, en ce temps de guerre. Et pourtant, quand la guerre cesse, l’attente n’a plus vraiment d’objet, l’espoir perd ses accroches ; subsiste seule une foi mêlée de déni. Quand la nuit tombe, ne reste plus qu’à se taire, et à s’endormir. Arrive alors la pluie, pour effacer les morts et les pleurs.

Ce pourrait être un court métrage. Mais Paz Encina a voulu se donner le temps de laisser s’épanouir les choses dans leur durée véritable, le temps de laisser s’exprimer les silences, comme des points d’orgue qui viennent relayer les paroles. On obtient de superbes compositions qui, loin d’être « cérébrales », entendent capter le frémissement, l’empreinte sensible, fébrile, des choses et des êtres. C’est là qu’après Beckett, plane le fantôme de Duras : comme dans La femme du Gange, les plans d’Hamaca Paraguaya sont fixes et les voix sont extérieures au récit : devenues voix off, elles sont sans cesse en décalage avec l’image montrée à l’écran, instaurant un jeu d’intertextualité avec le hors champ qu’on ne nous livre jamais en flash-back. Par ce décalage perpétuel, le film ne cesse de renvoyer l’ici à l’ailleurs, le présent au passé ou au futur, fussent-ils fantasmés. Les souvenirs et les espoirs se mélangent dans le vertige étouffant de l’attente, symbolisé par cette chaleur d’automne qui n’entend pas fléchir.

Par sa majestueuse lenteur, le film pourra en ennuyer beaucoup ; mais il suffit de lâcher prise pour frissonner sous la caresse des choses qu’il nous met en images.