Babel
Babel

Film américain de Alejandro González Iñárritu

Avec Cate Blanchett, Gael Garcia Bernal, Brad Pitt, Kôji Yakusho, Adrianna Barraza


Festival de Cannes 2006 : Prix de la mise en scène


Par Esther Castagné
 
Sortie le 15-11-2006

Durée: 2h23

 

Chassés-croisés

Quatre histoires, autant de destinées. Iñarritu adopte encore une fois une narration déconstruite, décomposée, labyrinthique. Tout part d'un fusil d'une portée de plus de trente mètres. Au nom d'un japonais amateur de safari, ce fusil se retrouve entre les mains de deux jeunes frères marocains qui, imprudemment, évaluent sa portée sur un bus touristique et blessent une Américaine en voyage avec son mari ; le couple ne pouvant rentrer immédiatement aux états-Unis ne peut pas non plus donner congé à la nourrice mexicaine immigrée clandestine qui garde leurs enfants mais qui doit rentrer chez elle marier son fils. Elle décide donc d'emmener les enfants avec elle.
Bien entendu, tous ces équilibres instables attendent le moindre prétexte pour déraper et provoquer le drame.

Rien de nouveau, dès Amours chiennes (1999), Iñarritu a toujours privilégié cette narration décousue et fragmentée. Il n'est pas étonnant que pour sa troisième (et dernière ?) collaboration avec son scénariste de toujours, Guillermo Arriaga, il adopte une fois encore cet assemblement de pièces de puzzle. Les diverses histoires s'éclairent petit à petit en même temps qu'elles se recoupent les unes les autres.
Mais si cette technique semblait avoir atteint un réel accomplissement dans 21 grammes, on regrette un peu que le cinéaste joue presque uniquement ici sur ces prouesses 'narrativo-techniques' au détriment d'un scénario un peu maigre. La maîtrise de l'image, de la construction atemporelle et multi-spatiale, le jeu de
miroirs établi entre l'incapacité à communiquer du monde moderne, ce monde dit 'de la communication', et l'incommunicabilité qui naît simplement de la multiplicité des langues et des langages (d'où le titre, Babel, en référence au mythe biblique), tout cela est brillant, fascinant même, d'un point de vue stylistique.
Mais au delà de cette stylisation extrême, que reste-t-il ? Des personnages qui, à l'exception de la nourrice mexicaine, ont du mal à exister et à s'imposer. Pourtant les acteurs sont compétents, pourtant leurs rôles et leurs relations ne sont pas dénuées d'intérêt.
Cela n'empêche qu'Iñarritu se contente d'ébaucher ces figures, ces pions dans un monde de réseaux, de connexions et d'interconnexions auquel on ne peut échapper sans jamais avoir l'impression d'y avoir sa place. Terrifiant.