Azur et Asmar

Film français de Michel Ocelot

Avec Avec les voix de Hiam Abbass, Cyril Mourali, Karim M'Ribah


Présenté à la Quinzaine des réalisateurs Cannes 2006


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 25-10-2006

Durée: 1h39

 

Toi, le frère que je n’ai jamais eu…

Après Princes et Princesses et les deux volets de Kirikou, Michel Ocelot nous ouvre de nouveau les arcanes de son imaginaire et, c’est le moins que l’on puisse dire, se surpasse en raffinement. Onirisme et féerie sont au rendez-vous pour ce conte transméditerranéen qui fait fraterniser les cultures avec humour et inventivité.

Azur est blond aux yeux bleus ; Asmar est brun aux yeux noirs. L’un est lumineux comme un ange ; l’autre beau et fier comme un étalon. Tous deux sont frères, frères de lait, bientôt frères d’arme, liés par une culture commune : celle des contes, des légendes de fée et de djinns, qui plus qu’un lien devient chez eux un destin. L’un et l’autre sont mêmes parce qu’ils ont les mêmes rêves, et les mêmes ambitions.

Shéhérazade avait réussi à survivre mille et une nuits au moyen des mots. Ici, ce sont avant tout les images, mises en avant par la rareté d’une parole poussée à l’extrême de la stylisation, qui nous transportent au confins du temps et de l’espace, dans un orient moyenâgeux enchanteur et somptueux. La facture picturale est superbe : puisant dans maintes sources iconographiques, de l’architecture arabo-andalouse et costumes persans aux enluminures du Moyen-Âge, en passant par la peinture européenne, notamment flamande (Van Eyck, Nicolas Fouquet, les Frères de Limbourg, le Douanier Rousseau), le ravissement est perpétuel. Si le choix de la HD peut gêner au tout début, on est vite gagné par le charme et l’invention esthétique de ce film d’animation, qui s’achève en bouquet d’arabesques et de couleurs.

Azur et Asmar ne manque pas non plus d’humour (même si le personnage de Crapaud, incontournable du genre, rate un peu sa sortie, et cède le privilège de sa fonction à une princesse en miniature beaucoup plus réussie). Le film sait distiller sa morale avec parcimonie, échappant au manichéisme institutionnel du cinéma pour enfants. On pourra regretter peut-être le manque d’épaisseur, non pas tant esthétique (car l’éblouissement est bien là), que polysémique – mais c’est là sans nul doute exigence d’adulte non accompagné…